Anglais intensif : Lettre à la ministre de l’éducation du Québec et au président de la FCPQ

28 février 2012

Lettres

27 février 2012

Madame  Line Beauchamp, ministre de l’éducation du Québec
Monsieur Gaston Rioux, président de la Fédération des comités de parents du Québec

Madame,
Monsieur,

La mesure d’implantation de l’anglais intensif en sixième année telle qu’envisagée par le gouvernement du Québec s’appuie notamment sur l’aval supposé d’une majorité de parents. C’est ce que suggère la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), mentionnant que 87 % des parents sont favorables à cette mesure. Or, nous estimons que les parents du Québec n’ont pas été correctement informés et encore moins consultés à ce sujet. La seule instance qui actuellement parle au nom des parents du Québec n’a pas, selon nous, agi de manière démocratique et juste dans ce dossier.

Le 13 février dernier, la FCPQ appuyait la mesure gouvernementale sur la base d’une résolution adoptée à 87 % par les 55 délégués des comités de parents. Cependant, la Fédération elle-même n’est pas en mesure de certifier que ces délégués ont tous consulté les membres de leur comité respectif avant de voter. Il s’agit là, selon nous, d’un déficit démocratique important qui est sujet à questionnement. De plus, la Fédération mentionne, dans sa résolution, que les délégués se sont en partie basés sur le sondage qui avait été distribué, quelques semaines avant ce vote, aux membres des comités de parents. Or, il est impossible que ce sondage puisse indiquer que les parents étaient très majoritairement favorables à l’implantation de l’anglais intensif en sixième année pour la simple et bonne raison qu’aucune question n’y était posée à ce sujet. Donc:

Considérant que le chiffre de 87 % ne traduit pas l’avis des parents du Québec mais plutôt celui de 55 délégués au Conseil général de la Fédération qui n’ont pas tous consulté les membres de leur comité de parents respectif avant de prendre position;

Considérant que le sondage réalisé par la FCPQ du 9 décembre 2011 au 20 janvier 2012* auprès des parents, comporte un important biais méthodologique et que la Fédération elle-même suggère la prudence quant à l’interprétation des résultats de ce sondage (cf. en page 2 du document Résultats du sondage mené auprès des membres de la FCPQ et de la consultation faite auprès des parents du FPEHDAA );

Considérant que ce sondage ne comporte aucune question demandant aux parents s’ils sont pour ou contre la mesure d’anglais intensif et que plusieurs questions induisent des réponses favorables (ex : Question 1 – Cochez les deux éléments qui, selon vous, pourraient représenter les plus grands avantages, pour votre enfant, de bénéficier de l’enseignement intensif de l’anglais langue seconde.);

Considérant que, tel que précisé dans l’extrait du procès verbal du Conseil général de la Fédération, le Comité implication parentale pour la réussite et la persévérance scolaires a recommandé aux délégués une prise de position favorable à la mesure sur la base, dit-il, des résultats de ce sondage;

Considérant que la période des Fêtes durant laquelle le sondage a été mené, soit du 9 décembre 2011 au 20 janvier 2012*, est une période peu propice à une consultation rigoureuse;

Considérant le bouleversement majeur institué par l’implantation de l’anglais intensif obligatoire au curriculum scolaire de tous les enfants de 6e année du Québec et l’absence d’études sur ses impacts culturel et identitaire;

Nous, parents, estimons que l’annonce faite le 13 février dernier par la FCPQ lors d’une conférence de presse, à l’effet que 87 % des parents du Québec seraient en faveur de l’anglais intensif au primaire, ne reflète pas la réalité et que ce chiffre a été abusivement utilisé.

En l’occurrence,

Nous réclamons de la Fédération des comités de parents du Québec, qui a le devoir de consulter ses membres avant de prétendre parler en son nom, qu’elle reconnaisse l’importance des enjeux sociaux que cette mesure implique et qu’elle admette qu’un réel débat de société est essentiel avant  toute consultation plus large, transparente et juste engageant tous les parents du Québec.

Pour ces motifs, mais surtout parce qu’une réflexion de société s’impose,

Nous demandons au Ministère de l’éducation du Québec d’imposer un moratoire sur l’implantation de l’anglais intensif au primaire.

*Dans son document, la Fédération mentionne la période du 9 décembre au 20 janvier. Toutefois, selon le courriel envoyé aux délégués et présidents de comités de parents, les réponses étaient attendues au plus tard le 6 janvier 2012.


Les personnes suivantes ont signé :

 

Valérie Jean, Rimouski (CS des Phares), parent

Virginie Hébert, Rimouski (CS des Phares), parent

Marie-Claude Chénier Rimouski (CS des Phares), parent

Julie Roberge, Rimouski (CS des Phares), parent

Isabelle Morin, Rimouski (CS des Phares), parent

Pierre Le Fèvre, Rimouski (CS des Phares), parent

Alain Martineau, Rimouski (CS des Phares), parent

Ethel Gueret, Rimouski (CS des Phares), parent

Alain Dion, Rimouski (CS des Phares), parent

Julie Veilleux, Rimouski (CS des Phares), parent

Eve Lavoie, Rimouski (CS des Phares), parent

Nelson Bussières , Mont-Joli, (CS des Phares), membre du CE de l’école Norjoli, membre du Comité de parents

Frédéric Lacroix, Québec, (CS de la Capitale), parent

Caroline Hébert, Québec, (CS de la Capitale), parent

Anna Kowalczyk , Québec, (CS de la Capitale), parent

Maryse Poirier, (Québec), (CS des Découvreurs), parent

Les membres de l’exécutif du Comité central de parents de la CSDM :

  • Manon Ricard, Montréal (CSDM), Présidente, CCP
  • Chantal Deraspe, Montréal (CSDM), v-p formation, CCP
  • Mélanie Robinson, Montréal (CSDM),  v-p communication, CCP
  • Marie-Ève Rocheleau, Montréal (CSDM), Commissaire parent primaire, CCP
  • Lynda Laurencelle, Montréal (CSDM), Commissaire parent secondaire, CCP

Marjolaine Leblanc-Roberge, Montréal (CSDM), parent

Jean-François Carrier, Montréal (CSDM), parent

Sylvie Pelletier, Cap-Chat, (CS des Chic-chocs), Présidente du C.É de l’école l’Escabelle/St-Norbert

Richard Girard, Cap-Chat, (CS des Chic-chocs), membre du C.É de l’école l’Escabelle/St-Norbert

Valérie Desbiens, Cap-Chat, (CS des Chic-chocs), membre du comité EHDAA

Jean-François Vallée, (CS Kamouraska-Rivière-du-Loup), porte-parole du MQF Bas-Saint-Laurent

Claude Paradis, Québec, Cégep Sainte-Foy, Professeur de français et de littérature et coordonnateur au Département de français

Virginie Dufour, Québec,Cégep de Sainte-Foy

Jacques Côté, Québec, Cégep de Sainte-Foy


Cette lettre est appuyée également par tous les autres membres des Citoyens pour un moratoire sur l’anglais intensif au primaire

c.c. Madame Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commission scolaires du Québec;
c.c. Monsieur Sylvain Gaudreault, Porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation primaire et secondaire
c.c. Médias

 

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Virginie Hébert

2 réponses à «Anglais intensif : Lettre à la ministre de l’éducation du Québec et au président de la FCPQ»

  1. Nicole Hébert A dit:

    Bravo à vous tous et toutes, signataires de cette lettre. Vous ne dormez pas! Une fierté d’être témoin de vos actions!

  2. Andrée Ferretti A dit:

    C’est toujours comme cela qu’ont commencé nos luttes séculaires pour la défense de notre langue, de notre culture, fondements de notre identité:
    par l’engagement déterminé d’un groupe de Québécois et de Québécoises prêts à se battre farouchement pour assurer l’avenir de notre existence collective.

    Votre action de jeunes parents maintient ma confiance en l’avènement de l’indépendance, devenue la solution irréversible à notre épanouissement plutôt qu’à notre survie.

    Avec mon admiration et ma profonde reconnaissance.

    Andrée Ferretti.

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