L’électrochoc

15 mai 2012

Éditorial

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« Tant mieux » a dit la ministre Beauchamp démissionnaire, « si c’est un électrochoc. »

Le Devoir titre ce matin : « Le Gouvernement Charest ébranlé ».

Sûr que le Québec a tremblé hier sous les ondes du choc. Mais de quoi s’agit-il au juste?

L’épicentre du phénomène est très difficile à situer. Sont-ce vraiment les étudiants qui ont eu la tête de la ministre? J’en doute et je ne souhaite surtout pas qu’on leur fasse porter cet événement en plus du reste. Est-ce Jean Charest qui en est à sa deuxième prise? Sa moyenne est forte quand il envoie les femmes au baton. Qu’est-ce qui attend maintenant Mme Courchesne? La mine et le ton de celle-ci hier, après avoir été l’élue pour poursuivre le combat, reflétaient l’autorité inébranlable. Visage de composition? N’aurait-on pas dû retrouver plutôt le Ministre de la jeunesse dans le siège du conducteur, lui soi-disant si habile au volant?

Ou serait-ce tout autre chose qui s’est passé, comme un journaliste a osé le suggérer, sous le regard fusillant de Jean Charest?

Chose certaine, on peut en conclure que, tout au long de cette manche du conflit, Mme Beauchamp faisait son chemin de croix en même temps que les étudiants… Et la voir et l’entendre hier n’était pas quelque chose de réjouissant. Comme le disait un ami qui semble croire les étudiants gagnants, « Je ne pavoise pas suite à une victoire, sachant trop bien combien ça fait mal de perdre. » Mais, comme il le constatait aussi, il y avait hier, dans l’air ambiant, un certain soulagement.

D’ailleurs, qui perd et qui gagne dans cette « crise » ? Difficile de départager maintenant les morceaux d’échec et de victoire. Trop tôt. Mme Beauchamp prétend que les « bons » étudiants sont perdants dans le conflit, en pensant à ceux à qui l’on reconnaît le «droit d’entrer en classe » parce qu’ils le veulent et obtiennent pour ce faire une « injonction » sans pouvoir la faire respecter. Ceux-là sont aussi dans une autre sorte de classe actuellement. En retiendront-ils quelque chose ? D’autres croient que c’est la démocratie et le peuple du Québec qui perdent. Montréal est persuadée que c’est elle. D’autres que c’est le Gouvernement Charest… Le fait est que tout est en jeu. Mais…

Ça me rappelle la parabole de la mouche qui marche tête en bas sur un espace sombre de la voûte de la Chapelle Sixtine et qui se dit : « Mon Dieu que ce peintre broyait du noir ! » Un manque de recul pour apprécier le chef d’oeuvre!

Pour en revenir à l’ « électrochoc », je crains un peu que cette démission ne soit plutôt une autre manœuvre du Parti au pouvoir, bien plus qu’une démission spontanée, par esprit de sacrifice, de Mme Beauchamp. Une manœuvre pour justement reprendre le contrôle d’une situation qui lui échappait. Et pour conforter en sa faveur l’opinion publique.

La culpabilisation, que ce soit ici celle du peuple, des étudiantEs, de l’opposition… devant cette ministre « sacrifiée », a toujours été une arme de prédilection pour influencer le comportement des QuébécoisEs. C’est une partie de notre héritage collectif.

Mais les jeunes que nous voyons négocier actuellement semblent davantage à l’abri de cette manipulation. Hier, ils étaient surpris mais solides dans leurs réactions. Alors, dans les circonstances, on peut privilégier la confiance. Qu’ils continuent, avec des appuis de professeurs, d’universitaires, de syndicalistes, et les nôtres, à réclamer un moratoire et des États généraux sur l’Éducation. Pourquoi pas, messieurs les libéraux et les caquistes?  Ne faut-il pas « battre le fer pendant qu’il est chaud » ?

Nicole Hébert

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