« Le silence n’est pas une option »

8 juillet 2012

Libre expression

« Le silence n’est pas une option ».

Ainsi se termine la Déclaration des jeunes francophones et francophiles[1] au Forum mondial de la langue française qui s’est déroulé à Québec du 2 au 6 juillet 2012. Une soixantaine de jeunes participants ont répondu à l’invitation lancée par le Secrétaire de l’Organisation internationale de la francophonie. Abdou Diouf avait profité de son discours d’ouverture pour demander à la jeunesse de faire connaître ses préoccupations quant à l’avenir de la francophonie, de la francophilie et de la langue française en général.

Sept volontaires ont défini les principales orientations, dont deux des Amériques, un de Belgique, un du Congo, un du Maroc et deux du Bénin; auxquels se sont ajoutés plusieurs jeunes volontaires, représentatifs de toutes les régions francophones du globe, pour finaliser la rédaction du texte officiel. Le document a été ensuite sanctionné par quelque deux cents jeunes délégués au Forum, lu, applaudi et, finalement, déposé au Commissaire général du Forum.

La jeunesse a identifié quatre défis à signaler aux instances nationales et internationales, lesquels sont autant d’avenues à privilégier dans la promotion de la langue française.

1) Libre circulation dans l’espace francophone: «mettre en place un passeport francophone opérationnel qui favorise d’une part la libre circulation des personnes et, d’autre part qui légitime l’identification des francophones et francophiles à la francophonie mondiale qui se veut libre, égalitaire et fraternelle.»

2) Éducation et formation en français: «que celles et ceux qui ont les moyens acceptent de soutenir humainement, techniquement et financièrement la formation, la recherche, la traduction d’œuvres et le développement d’opportunités professionnelles dans l’espace francophone.»

3) Francisation et «francophilisation» de l’univers numérique: «alors que seulement 5% du contenu numérique se présente en français, il est impératif qu’un effort supplémentaire soit fait par tous les acteurs afin de rattraper ce retard. Il importe donc de «francophiler» la toile.»

4) Diversité culturelle: «Dans le contexte d’une mondialisation orientée vers l’hégémonie de l’unilinguisme, il est culturellement légitime d’exiger de la francophonie prudence et réserve afin que la langue française n’apparaisse pas comme une langue d’invasion. D’où l’importance pour la francophonie de considérer la diversité culturelle comme valeur ajoutée à toutes les civilisations et l’interculturalité comme carrefour identitaire où chacun enrichit de son expérience personnelle la réalité de l’autre, sans la dénigrer.»

S’il faut comprendre cette dernière prise de position dans une perspective écologique privilégiant la diversité contre l’homogénéisation, on ne peut qu’être en accord. Cependant, dans le contexte du Québec où la langue française demeure sur le continent des Amériques une espèce menacée, la prudence s’impose autrement. Car le français n’y est pas sur le bord d’être considéré comme une langue d’invasion…

Quoi qu’il en soit, les jeunes signataires de la déclaration ont exprimé la volonté qu’un comité de suivi soit formé en vue du quatorzième Sommet de la francophonie, prévu à Kinshasa en République du Congo, au mois d’octobre 2012. La voix du Québec devra être entendue !

Liette Perreault

___________

Partagez ce contenu !
Facebook Twitter Email
Liette Perreault

4 réponses à «« Le silence n’est pas une option »»

  1. Samuel A dit:

    N’ayez crainte pour le Québec, la dernière position a plutôt été prise dans le but qu’au lieu de devenir une langue portant trop souvent vers l’assimilation – comme c’est le cas d’une autre dont je tairai le nom – le français devienne une langue internationale de dialogue entre les diverses cultures et civilisations, spécifiquement, pour protéger et garantir la diversité culturelle du Globe.

  2. Nicole Hébert A dit:

    Pour ma part, je m’inquiète fortement de cette dernière (4e) proposition. Comme je l’ai déjà exprimé au sujet du projet de Charte du multilinguisme.

    Je crois qu’au Québec, la reconnaissance et le respect de la primauté de la langue française, indispensable à la survie de notre peuple, sont trop fragiles pour s’y ouvrir sans réserves à cette promotion du multilinguisme et du multiculturalisme.

    Même si l’on peut considérer comme noble l’intention affichée de cette proposition, je crois qu’ici, au Québec, la langue française ne peut être simplement considérée comme « une langue internationale de dialogue entre les diverses cultures et civilisations », comme l’écrivait un jeune homme que j’ai invité à s’exprimer sur notre page Facebook.

    Et le fait que Jean Charest appuyait prématurément, d’entrée de jeu lundi, cette idée de promotion du multilinguisme m’amène à me questionner sur l’origine et les intentions réelles du projet pour ce qui nous concerne… Si l’on y ajoute l’impertinence de Harper de s’adresser en anglais à un auditoire réuni pour la langue française…

  3. Liette Perreault A dit:

    je partage la même inquiétude.
    S’il est vrai que  » la francophonie a besoin du Québec », il va de soi que le Sommet de la francophonie soutienne la nation québécoise.

    Ce, tant et aussi longtemps que ce peuple riche par sa culture, mais démographiquement désavantagé, ne sera pas constitué en État indépendant et complètement maître de sa politique d’immigration.

    Voilà pourquoi je persiste à ne pas garder le silence sur la nécessité de faire valoir Au Sommet de la francophonie d’octobre, les mesures
    particulières de protection du français sur le territoire québécois.

    Les francophones d’ailleurs au Canada et sur le continent seront les premiers à bénéficier de la présence d’un pays résolument francophone sur le continent des Amériques.

    Ne pourrait-on pas ajouter à la Déclaration des jeunes francophones et francophiles un cinquième défi?

  4. Nicole Hébert A dit:

    Liette,

    Tout à fait d’accord! Il nous faudra trouver le moyen de proposer ce 5e défi au groupe de jeunes, ou à M. Diouf, qui a « entendu » la réalité du Québec et constaté la menace perpétuelle à sa langue. De fait, le silence n’est pas une option!

Laisser un commentaire