La culture dans le programme et le discours du Parti québécois

18 août 2012

Points de vue

Plusieurs commentateurs, analystes et électeurs reprochent aux partis politiques de n’accorder aucune place à la culture dans la campagne électorale en cours. C’est vrai pour le PLQ et la CAQ, faux pour le PQ, pour m’en tenir aux seuls partis vraiment dans la course.

Ni sa langue, ni sa littérature, ni ses arts picturaux, ni ses créations musicales, ni la protection de son patrimoine, ni son rayonnement national et international, aucun aspect proprement dit de la culture québécoise, pas même l’industrie qu’elle génère, n’intéresse le PLQ et la CAQ. Ces partis pourtant si amateurs de propos à saveur économique ne prennent même pas la peine de mentionner combien la marchandisation de la culture rapporte gros, plus de cinq milliards de dollars annuellement et 200,000 emplois, selon un récent rapport de l’industrie, tel que publié dans Le Devoir du 15 août. Pire encore, leur programme et leurs discours sont la négation même de l’existence de la nation québécoise comme culture globale.

Au contraire, à l’instar de son programme, le discours du Parti québécois relève entièrement de la culture, puisque, dans la perspective de l’indépendance, la politique ne peut-être axée que sur la culture, l’une et l’autre s’enracinant dans la vie réelle de la nation québécoise, comme culture globale, essentiellement façonnée depuis plus de 250 ans, par l’histoire particulière des luttes de son peuple, menées d’abord pour assurer sa survie, aujourd’hui pour atteindre son plein épanouissement.

Indépendance, culture et politique sont des réalités consubstantielles. C’est en effet en tant que culture globale, cette expression infinie de la totalité de son expérience humaine singulière dans tous les domaines de la pensée et de l’action, que la nation québécoise a toujours aspiré à l’exercice de sa pleine souveraineté dans un État indépendant et libre.*

« Agir en toute liberté » tel est l’objectif du programme du parti québécois. Chaque proposition est indissociablement liée à toutes les autres et se rapportent toutes à un aspect ou l’autre de notre identité nationale, c’est-à-dire aux conditions fondamentales et circonstantielles de notre existence en tant que culture globale.

Ainsi, qu’elle parle de l’exploitation de nos richesses naturelles, de notre agriculture, de l’essor de Montréal et des régions, du tourisme, de création et de distribution de richesse, bref d’un aspect ou l’autre du développement de l’économie du Québec, qu’elle parle des mesures à prendre en matière de santé et d’éducation, qu’elle parle réforme de nos institutions, de Constitution, de politique étrangère, Pauline Marois parle toujours et principalement de culture, autant que lorsqu’elle parle de la nécessité d’une nouvelle Charte de la langue française, d’une Charte de la laïcïté, de l’enseignement de l’histoire nationale, de subventions aux lettres et aux arts, de la protection du patrimoine national.

Car la formulation de tous ses objectifs, dans la perspective de l’indépendance, dessine ce relief culturel intégrateur et magnifique, parce que libérateur et promesse de l’arrivée au monde et dans le monde de l’être québécois dans toute sa plénitude.

Andrée Ferretti

 __________

*Je le démontre dans le chapitre quatre de L’indépendance maintenant, ouvrage collectif, dirigé par Gilbert Paquette, préfacé par Jacques Parizeau, paru récemment aux éditions Michel Brûlé. Même s’ils ne sont pas comme le mien spécifiquement consacré à la culture, tous les chapitres de ce livre voué à la démonstration de la nécessité et de l’urgence de l’indépendance rejoignent nécessairement mon analyse.

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Andrée Ferretti

7 réponses à «La culture dans le programme et le discours du Parti québécois»

  1. Roland Berger A dit:

    S’en tenir aux seuls partis dans la course, c’est s’assurer que les nouveaux ou petits partis ne soient jamais dans la course. Un raccourci antidémocratique.

  2. Andrée Yanacopoulo A dit:

    Il faut toutefois être bien consciente que le mot « culture » est ambigu : il y a la « culture » au sens où vous l’employez, qui est le sens anthropologique : en gros, le patrimoine, les traditions, les façons de vivre et de faire, etc. Et il y a la culture au sens de connaissance, éducation, savoir, instruction, etc. Et celle-là aussi, j’aimerais qu’on la soutienne.

  3. Andrée Ferretti A dit:

    Vous pensez bien, madame Yanacopoulo que je connais la distinction entre culture anthropologique et culture comme manifestation de toutes les formes d‘expression des arts et des lettres.
    Je suis écrivaine, auteure de six œuvres de fiction et de sept ouvrages politiques et ou polémiques et je sais que cela ne me donne aucune notoriété ni influence.
    Bref, je crois comme vous que les programmes politiques des partis, y compris celui du Parti québécois, n’accordent pas suffisamment d’importance à la création littéraire et artistique qui, au bout du compte, est la représentation la plus exacte et complète de l’âme du peuple d’une nation.
    C’est ainsi que nos grandes œuvres sont nécessairement contestataires, nées du rapport entre l’intériorité irréductible de l’artiste et du monde qui l’entoure, avec ses événements et ses circonstances.
    Dans ce sens, il est évident qu’elles sont entièrement tributaires de notre culture anthropologique.

    Le problème, actuellement, pour ne pas dire la tragédie, réside dans la marchandisation effrénée des produits culturels (Cirque du soleil, Céline Dion, Juste pour rire, etc.) qui nient la réalité des effets pernicieux de notre dépendance, nous donnant l’illusion que notre peuple est puissant et libre, ouvert sur le monde et bla bla, alors que nous faisons face à toutes les figures de la mort, dans l’insignifiance de notre enfermement dans la fédération canadienne.

    Bref, je pense que pour que notre culture artistique s’épanouisse dans l’actuel espace mondialisé, elle doit se libérer de la tâche de devoir toujours gagner la légitimité de son existence.
    Ce que permettra le changement de paradigme de notre culture anthropologique.

  4. Andrée Yanacopoulo A dit:

    Non, vous vous trompez: la « culture comme manifestation de toutes les formes d‘expression des arts et des lettres » fait partie de la culture au sens anthropologique du terme. La culture dont je parle, c’est celle qui fait dire de quelqu’un qu’il est cultivé, autrement dit, le savoir, l’ensemble des connaissances acquises. Acquises, au départ, par l’éducation. La gratuité des frais scolaires, je suis bien évidemment pour. Mais je suis aussi pour la qualité de l’enseignement. Un exemple parmi tant d’autres, mais édifiant: pourquoi avoir voulu que l’Histoire soit désinfectée de tout ce qui pouvait en faire une « Histoire nationale »? Un peuple a besoin de connaître son histoire – une histoire accordée à ses valeurs: il y puise les forces vives qui lient entre eux ses différents membres et lui permettent à la fois d’accueillir sans insécurité les étrangers venus d’ailleurs et de s’autoriser un dialogue d’égal à égal avec les autres peuples. Or, il est de noriété publique que les Québécois ne connaissent pas leur passé: ils sont par conséquent et tant qu’il en sera ainsi, condamnés, comme le dit l’aphorisme bien connu, à le répéter.

  5. Andrée Ferretti A dit:

    Débordée par l’arrivée de plusieurs invités, je me borne ici, à vous faire un copier-coller du point 3.4 du programme du PQ, en matière de culture.
    Il vous donne raison, chère Andrée Yanacopoulo
    Andrée Ferretti

    3.4 L’histoire nationale et l’éducation à la citoyenneté

    Pour redonner toute sa place à l’histoire nationale du Québec, un gouvernement souverainiste :

    a) Reverra le programme d’enseignement de l’histoire dès le primaire, aux 1er et 2e cycles du secondaire, en privilégiant la connaissance des événements politiques de l’histoire nationale du Québec permettant de comprendre l’évolution de la société québécoise à travers une trame chronologique qui met en lumière les dates charnières de l’histoire nationale, politique, économique, sociale et culturelle du Québec et du Canada;
    b) Ajoutera un cours obligatoire d’histoire nationale du Québec dans la formation générale au collégial;
    c) Bonifiera la formation en histoire des futurs enseignants au primaire et au secondaire;
    d) Rétablira la référence au Québec dans le titre des cours d’histoire de secondaires III et IV;
    e) Ajoutera des notions d’histoire régionale afin d’accroître la connaissance de l’histoire dans chaque région au secondaire;
    f) Axera l’éducation à la citoyenneté sur la connaissance des institutions et la préparation à l’exercice des droits et devoirs du citoyen, en particulier sur l’importance de la participation à la vie publique;
    g) Créera un nouveau centre à l’Institut national de recherche scientifique dont le mandat consistera à nourrir et soutenir une connaissance accrue de l’histoire politique et nationale du Québec ici et ailleurs dans le monde. Ce centre sera responsable de la création et de l’attribution de chaires de recherche en histoire du Québec.

  6. Nicole Hébert A dit:

    Mesdames,

    Prise moi aussi par la gestion du temps d’aujourd’hui, je veux quand même exprimer à quel point je trouve cet échange intéressant et que je reviendrai le plus vite possible y mettre mon grain de sel. En espérant que d’autres le fassent entretemps…

    Nicole Hébert

  7. Nicole Hébert A dit:

    Assumer son terreau culturel; se cultiver, se raffiner et s’exprimer…

    À mon avis, ces trois « volets » de la culture sont indissociables et interactifs.
    Plus un peuple se connaît lui-même, plus il est fier de lui, donc de son histoire, de sa langue et des particularités de son être actuel, plus il se libère et s’assume, malgré les embûches et souvent un peu plus révélé à lui-même par elles. Plus il lui est alors facile de s’approprier sa culture au sens anthropologique, et plus il aspire à être cultivé et à s’affirmer de façon originale dans le sens artistique. S’ajoute automatiquement alors à sa trajectoire, l’aspect engagement d’un combat. Collectivement, les arts et les lettres sont alors plus fortement et fièrement reconnus et plus facilement soutenus par la société et donc par les instances gouvernementales. Et la personne désignée comme Ministre à la Culture – comme celle à l’Éducation – est choisie avec une attention particulière, se voit pourvue d’un plus grand prestige; et son ministère de meilleurs outils de support et de promotion; le champ ministériel de la culture se suffit,on n’y annexe pas les loisirs et les sports, malgré leurs possibles interactions. Et la roue tourne.

    Ainsi, plus la fierté collective est belle, forte et combative, plus les artistes – de toutes les formes d’art – se lèvent, l’illustrent et se distinguent. Et plus les artistes se prononcent, plus la fierté se renforce. Des miroirs, les artistes. Qu’on se rappelle les grands moments de la chanson au Québec. Parce que, parmi toutes les formes d’art, la chanson est un porte-parole servi par la proximité; plus disponible et accessible; elle circule.

    Par ailleurs, je me réjouis de l’attention qui sera accordée à l’enseignement de notre histoire sous un gouvernement péquiste. Je suis grand-maman de jeunes enfants et ce qui leur est proposé actuellement est désolant. Le vide pour l’identité. L’enseignement de l’anglais intensif au primaire revêt plus d’importance pour trop de gens. Les heures qui y seront consacrées pourraient l’être à raffiner la maîtrise de la langue française, la connaissance de notre histoire et à la culture générale. Heureusement, il semble bien que les jeunes qui actuellement choisissent l’Histoire au niveau universitaire soient engagés et conscients. Tant mieux.

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