Laïcité dans la cité, s’il vous plaît

22 novembre 2012

Libre expression, Points de vue

Que l’on cesse de vouloir nous instruire de l’islam, du Coran, de ses sourates et versets, des hadîths indéchiffrables, surtout inchiffrables. Même les exégètes en perdent le compte, c’est tout dire. Nous sommes de plus en plus nombreuses, légion peut-être, à réclamer le respect de nos valeurs acquises de haute lutte, faute de pouvoir entretenir un dialogue sincère avec les prêcheurs modernisants, les Tariq Ramadan et autres islamologues.

Plusieurs d’entre nous sommes devenues sourdes aux enseignements du catholicisme. Plusieurs avons tourné en dérision son catéchisme, ses péchés véniels et mortels et, du même mouvement, tourné le dos à ses prêtres et consorts. Hier, l’eau bénite a provoqué de fortes poussées collectives d’urticaire, et d’innombrables défections.

Aujourd’hui, la sphère publique bourdonne d’un nouveau discours religieux. Violents ou lénifiants, ces prêchi-prêcha agissent à la fois sur notre système social et notre système nerveux. L’inutile soliloque tient pour l’essentiel au prosélytisme musulman qui appelle à une ouverture à sens unique. Il enjoint les gens de ce pays qui est nôtre de se montrer ouverts à sa fermeture, sous peine d’être accusées d’islamophobie.

Après des années de paix confessionnelle, nous voici replongées dans des échanges sans fin ni finalité, tandis que l’espace public heurte un peu plus chaque jour nos valeurs d’identité et d’égalité. Le signe le plus probant est l’envahissement progressif des voiles islamiques, ces vêtements de tête, de visage ou de corps. Parfois les trois amalgamés en un seul.

Que l’on cesse par ailleurs de nous rebattre les oreilles en alléguant que ces vêtements sont des marqueurs identitaires. Entendez par là, immuables. Si elle ne tient qu’à un bout de tissu… de contradictions, l’identité arabo-musulmane, convenons-en, est menacée. Auquel cas, il faudra bien trouver un remède autrement plus énergique pour la sauver. Sauver sa grandeur réelle, artistique et scientifique.

Maintenant, ici et ailleurs, le port des voiles islamiques ne peut être que politique. Hijab, tchador, abayah, sitar, niqab et burqa sont symboles liberticides pour toutes les femmes, sans exception. Voilées ou non.

Comme l’affirme l’infatigable femme-courage Djemila Benhabib, « le Québec est à la croisée des chemins ». Nous avons le choix entre le religieux moyenâgeux que propose l’islam et la modernité qu’appelle la laïcité.

Rappelons l’essence d’une véritable laïcité. Un état laïc est celui qui n’accorde aucune préséance à l’une des trois positions morales de l’être humain, soit l’athéisme, l’agnosticisme ou la foi. Dans un état laïc, les religiosités sont priées de demeurer dans l’intimité de la maison, de la mosquée, de l’église.

L’état laïc est neutre. Il n’accorde donc aucun privilège aux non-croyants ni aux croyants. D’accommodements, raisonnables ou non, point ! C’est simple. C’est pratique. D’abord et avant tout, c’est pacifique.

Et de paix, nous avons tant besoin.

Thérèse Lamartine

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Thérèse Lamartine

A propos de Thérèse Lamartine

Depuis qu’elle a quitté ses fonctions de directrice de Condition féminine Canada au Québec et au Nunavut en 2009, Thérèse Lamartine se consacre à l’écriture. Elle a entre autres signé Soudoyer Dieu (roman, 2009) et Le féminin au cinéma (recueil de films commentés, 2010).

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8 réponses à «Laïcité dans la cité, s’il vous plaît»

  1. Andrée Yanacopoulo A dit:

    Cet article sonne très juste. Il est un peu déprimant qu’il faille sans cesse rappeler la nécessité de la laïcité pour le bien-vivre ensemble, et plus encore, le piège de la laïcité dite « ouverte » (une expression qui ne veut strictement rien dire) et des fameux « accommodements raisonnables » qui ne font que brouiller les cartes et nous engluer peu à peu dans ce « multiculturalisme » qui, au lieu de représenter un pays n’est qu’un conglomérat de ghettos divers.

  2. Hélène Lyonnais A dit:

    Je suis d’accord avec l’article de Thérèse Lamartine ainsi qu’avec le commentaire de Mme Yanacopoulo. Je crois que la laïcité, dans toute sa générosité, est nécessaire pour assurer la cohésion sociale et, de ce fait, n’est pas négociable.

  3. Claire Varin A dit:

    Je partage entièrement le point de vue de Thérèse Lamartine et j’appuie le propos d’Andrée Yanacopoulo. L’essentiel y est dit.
    Merci à vous.

  4. Fannie Bélanger-Lemay A dit:

    Dommage que ce texte mélange tout, il y a une idée de fond qui mérite d’être défendue. La laïcité du discours politique, oui, bien sûr. Mais mélanger les attaques contre la laïcité avec les accommodements, vraiment? Vous vous souvenez peut-être que les femmes demandent justement d’accommoder le marché du travail pour obtenir plus de souplesse en attendant que les tâches familliales soient aussi prises en charge par les hommes? La majorité des demandes d’accommodements « raisonnables » sont faites par des personnes handicapées (y compris par des personnes souffrant de maladies mentales et ayant besoin d’un rythme de travail adapté). Les arguments religieux ne sont pas en cause dans presque tous les cas. Vous pourriez me demander de faire une lecture généreuse de votre texte, et de relire que ce sont les accommodements raisonnables religieux qui vous hérissent. D’accord. Mais alors, quel besoin de lier islam et moyen-âge? Tous les fondamentalismes religieux sont à rejeter et tous les arguments religieux devraient rester à la maison plutôt que de s’exposer sur la place publique, faire de l’islam la tête de turc (blague voulue) de votre argumentaire vous dessert, à mon avis. Le plus grand défenseur des accommodements raisonnables et de la place publique des arguments religieux est encore M. Charles Taylor, éminent catholique. Si les arguments pour la laïcité veulent se faire entendre, ils devront être présentés avec autant de précision et de nuances que ceux pour la place du religieux.

  5. Andrée Yanacopoulo A dit:

    Non, ce texte ne « mélange pas tout », et je ne comprends pas très bien ce qu’est « la laïcité du discours politique ». La laïcité de l’État, oui. Par ailleurs, s’il est vrai que les accommodements raisonnables concernant des points religieux sont la minorité, il importe de ne retenir que ceux-là, car ils sont les plus perfides. Pour les femmes d’abord et avant tout. Rappelons-nous comment les Frères musulmans et autres intégristes ont sapé les sociétés qui s’étaient battues pour leur indépendance nationale et ravalé au rang d’objets tout juste bons à pondre les fameux 52% de leur monde. La charia est à nos portes, les crimes d’honneur aussi, et il ne sera plus temps, lorsqu’ils auront pris de l’ampleur, de crier au loup. Mieux vaut prévenir que guérir. Et pour cela, il n’y a qu’un remède, l’instauration de la laïcité, point barre, mais surtout pas cette espèce abâtardie que nous présente M. Charles Taylor. Je vais d’ici un mois écrire sur ce site un texte à propos de cette question: j’espère de tout coeur, Madame Bélanger-Lemay, et en toute sororité, qu’il saura vous donner à réfléchir. À vous, femme.

  6. Thérèse Lamartine A dit:

    Avec le respect dû à l’opinion de Mme Bélanger-Lemay, je soumets deux commentaires. Le discours des ténors des accommodements dits raisonnables confond, sciemment je le soupçonne, neutralité et égalité. L’état laïc ne doit d’aucune manière renier ses engagements envers l’égalité pleine et entière des femmes. Il ne s’agit pas d’accommodements. Il s’agit de justice. J’invite par ailleurs Mme Bélanger-Lemay à relire mon texte qui mentionne aussi bien le catholicisme et les églises que les mosquées et l’islam. Celui-ci occupe d’évidence plus de place, à l’image de celle grandissante qu’il prend dans notre espace public québécois. Chez nos voisins du Sud, par exemple, cet espace se définit autrement. Bien sûr, une vigilance s’impose face aux fondamentalismes religieux, juif, chrétien et islamique, lesquels phagocytent toujours, j’insiste, la liberté des femmes. Il n’est qu’à observer le modus operandi de l’islam politique et des Frères musulmans en Égypte, en Tunisie, en Syrie et ailleurs. À pleurer. À hurler.

  7. Fannie Bélanger-Lemay A dit:

    Vous excuserez ma réponse tardive: nous ne recevons malheureusement aucun courriel indiquant que des commentaires se sont ajoutés à la discussion, faute de venir vérifier fréquemment le site, celle-ci s’en trouve interrompue.
    Je tiens à bien faire comprendre ma position : je ne crois aucunement que la position de Taylor sur les accommodements et, encore moins, sur la laïcité soit défendable. Ni philosophiquement, puisque Taylor est d’avis que les arguments religieux ont une place légitime dans le débat politique, alors que, comme l’affirme avec justesse Mme Lamartine : « Dans un état laïc, les religiosités sont priées de demeurer dans l’intimité de la maison, de la mosquée, de l’église. » Ni politiquement, puisque, en effet, les tenants de la place du religieux dans le public ne sont pas neutres politiquement.
    Toutefois, je réitère que la bataille contre les accommodements est mal fondée, qu’elle détourne de la véritable difficulté à laquelle nous faisons face, qui est celle d’instaurer, de maintenir et de fortifier un État laïc et où l’égalité puisse être une réalité. J’ai l’impression qu’en nous acharnant, comme femmes laïques, sur cette question des accommodements, nous tombons dans un panneau politique. Battons-nous plutôt pour la laïcité directement, et contre ses succédannés du type « ouvert ».

  8. Thérèse Lamartine A dit:

    Si je comprends bien le récent commentaire de Mme Bélanger-Lemay, à savoir que les accommodements dits raisonnables ne sont que symptômes et que s’y attaquer ne traite pas la maladie, j’approuve tout à fait ce point de vue. En revanche, quand il y a abcès, il faut dès lors prescrire un médicament même s’il n’agit pas sur les causes. Les accommodements dits raisonnables sont des abcès que l’on doit parfois crever et vider. La défense de la laïcité se mène sur plusieurs fronts. Donnons un exemple. Si une femme dissimulée sous une des nombreuses déclinaisons du voile islamique m’accueillait dans un service public, je me ferais un devoir de porter plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour offense à mes croyances morales. Pour le reste, de concert avec Mme Bélanger-Lemay, je concentre mes énergies sur la priorité absolue, celle « d’instaurer, de maintenir et de fortifier un État laïc ».

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