De l’indépendance avant toute chose
Depuis quelque temps résonne à mes oreilles ce cri : « Québécoises deboutte! » Certaines d’entre vous s’en souviennent-elles? Le Front de libération des femmes du Québec? 1971? Et bien avant, Olympe de Gouges, guillotinée sous la Terreur en 1793 et s’écriant : « Femme, réveille-toi! »? Et encore avant, tant d’autres… C’est loin, diront les jeunes. Oui, c’était il y a longtemps. Mais l’incitation est toujours de mise, aujourd’hui, ici même, chez nous.
« Québécoises deboutte! » J’aimerais que cet appel, à nouveau, nous rassemble ici, nous les femmes. Nous les femmes de tous âges, de toutes conditions, mais d’abord et avant tout déterminées, animées d’une volonté d’indépendance et d’affirmation. Il ne suffit pas d’être femme pour être féministe. Bien des jeunes sont assurées qu’elles ont gagné leur place dans la société, qu’il n’est plus besoin de s’afficher comme féministes, que même la désignation est non seulement obsolète, mais franchement déplacée. Voire! La violence patriarcale, plus précisément conjugale ou familiale, est toujours présente et plus que jamais, car conjuguée à la montée des intégrismes religieux, à la mondialisation de la pornographie, de la prostitution, du trafic sexuel : tout cela existe bel et bien, et nous en sommes les premières victimes.
Il nous faut donc être vigilantes. Les droits que nous avons acquis grâce à nos luttes sont comme n’importe quels autres droits : fragiles, car susceptibles d’être contestés et de disparaître à la prochaine occasion. De cela nous devons prendre – ou reprendre – conscience. Il nous faut, encore et toujours, savoir nous affirmer, savoir nous montrer solidaires. Oser dire non sans provocation, nous prononcer, nous affirmer dans la plénitude et la certitude de notre être. Bref, nous conscientiser, et donc nous politiser.
Car se politiser, ce n’est pas forcément manifester ou tempêter, c’est comprendre que son comportement personnel a un sens, extensible à toute la communauté des femmes. Rien de plus, rien de moins. Si je refuse certains accommodements dits raisonnables, je ne fais pas que satisfaire ma propre réaction : je transmets un message, qui se joint à celui de toutes les autres femmes, je m’affirme, non pas au nom de valeurs religieuses qui contrediraient d’autres valeurs, mais au nom de valeurs culturelles acquises au terme de luttes et de réflexions, et qui visent à toujours mieux m’accomplir comme être humain.
Si nous sommes conscientes de cette nécessité d’être des citoyennes à part entière, nous ne pourrons pas ne pas également être conscientes de notre besoin de vivre dans un pays qui soit vraiment le nôtre : féminisme et indépendantisme vont de pair, ils répondent à ce besoin de libération que tout un chacun ressent au plus profond de soi. Cessons de recourir à cette notion aseptisée, empreinte d’angélisme, qu’est « le souverainisme », oublions le terme ancien de « séparatisme » à la connotation plutôt négative, car vouloir partir n’implique pas forcément la certitude de ce que l’on veut à long terme. Mais bien plutôt, disons-le haut et fort : féministes nous sommes, indépendantistes nous sommes aussi – les mots, c’est important. Et là encore, rappelons-nous la proclamation du Front de libération des femmes : « Pas de libération des femmes sans libération du Québec, pas de libération du Québec sans libération des femmes! »
Indépendance : un mot beau et fort, un idéal incontournable.
Andrée Yanacopoulo





30 novembre 2012 à 7 h 33 min
Texte magnifique.
Merci, mille mercis.
À commenter plus longuement, ce que je ferai plus tard. Pour l’instant, je n’ai le temps que de manifester mon contentement.
Andrée Ferretti.
30 novembre 2012 à 12 h 53 min
En moins de 5 minutes …5 « j’aime » ….sur Francophonie-Québec et Parti Québécois (groupe) …………..Facebook .
1 décembre 2012 à 12 h 02 min
Voilà une invitation des plus stimulantes à nous réunir et à parler d’une seule voix, mais aussi un appel qui devrait résonner à nouveau et signaler l’urgence de nommer notre pays.Les mots féminisme et indépendance (plutôt qu’indépendantisme, pour désigner une réalité plus immédiate!) se conjuguent au présent. Au conditionnel, ils perdent leur valeur symbolique, mais aussi sociale.
Merci, Andrée, de nous rappeler que le féminisme doit demeurer actif.
2 décembre 2012 à 13 h 53 min
« Québécoises deboutte »! Comment résister à un impératif aussi enthousiaste!
Allons-y donc, toutes voiles dehors par beau temps ou mauvais temps!
Opposons aux vents contraires, toute la résistance de notre entêtement!
3 décembre 2012 à 9 h 46 min
Dans mon coeur, mon esprit et ma conscience, la question des femmes et du joug qui continue de peser sur nous toutes, qu’on l’admette ou non, qu’on le ressente ou pas, demeurent sans conteste ma priorité absolue. Il me semble que dans leur double quête d’indépendance les Québécoises ne doivent pas perdre de vue les enseignements de l’histoire. Les femmes ne devraient jamais troquer leurs intérêts propres pour les intérêts soi-disant supérieurs de leur pays. Chaque fois qu’elles l’ont fait, elles ont dû s’en repentir.
Le réalisme politique nous oblige toutefois à appréhender ce vaste Canada comme une force négative qui ne cesse de faire reculer nos droits. Non seulement le gouvernement ultra-conservateur de Stephen Harper a jusqu’à maintenant eu beau jeu d’ignorer les revendications historiques du Québec sous le règne, muet à cet égard, des libéraux de Jean Charest. Non seulement il a traité le Québec comme quantité négligeable de la fédération sans nuire à sa réélection, au contraire. Ce gouvernement voue en outre un mépris à peine retenu à la moitié de l’électorat avec la même impunité. Il présente en cascade des projets de loi dont le seul but est de restreindre l’accès à l’avortement libre et gratuit. En 2008, il a éliminé 12, je dis bien 12, des 16 bureaux de la vénérable institution Condition féminine Canada. À force de coups de boutoir, il a réussi à détruire le registre des armes à feu, unique mesure concrète prise après la tuerie des femmes à l’École polytechnique de Montréal. (Seul le Québec résiste encore à cette entreprise de démolition.) En somme, l’égalité des sexes est à ce gouvernement ce que la paix est au Moyen-Orient.
C’est en ce sens que l’invitation que nous lance Andrée Yanacopoulo résonne en écho dans mes désirs d’indépendance. Bien que ce ne soit pas toujours aisé et réalisable, oui, deboutte, c’est ainsi que je me veux. C’est ainsi que je nous rêve. Deboutte, ensemble, sans plus penser à se rasseoir avant… longtemps.
4 décembre 2012 à 10 h 25 min
Je ne suis pas d’accord avec l’indépendance politique et je crois que les deux sujets doivent être traités séparément. Par contre, je suis d’accord avec l’indépendance féminine et la place de la femme égale dans la société. Les accomodements ne sont plus raisonnables. Les femmes jeunes et moins jeunes doivent se respecter elles-mêmes pour se faire respecter. Oui, il faut se méfier de plusieurs comportements que l’on voit tous les jours et qui ne font que minimiser la valeur des femmes et je suis aussi totalement en faveur de la laïcité.
4 décembre 2012 à 10 h 36 min
À l’intention de Mme Bolduc:
Une petite précision. Vous avez bien sûr droit à votre opinion mais ce site est un site résolument indépendantiste ou mieux, qui vise à promouvoir l’indépendance du Québec. Le sens convenu à la chronique de Mmes Théoret et Yanacopoulo est celui d’un regard plus ouvertement « féministe » sur cette indépendance du Québec, sur la politique québécoise et les sujets qui s’y rattachent, dont la condition des femmes, la laïcité, etc… L’indépendance du Québec ne saurait donc y être traitée séparément et secondairement, tel qu’entendu… Ce site fait des choix, en toute conscience!
Merci de votre collaboration qui est la bienvenue.
Cordialement,
Nicole Hébert
pour independantes.org
4 décembre 2012 à 14 h 27 min
Toujours à Mme Bolduc:
Je devrais compléter mon invitation en vous suggérant de préciser pourquoi ce serait indispensable pour une personne de ne pas demeurer sous la coupe d’une autre et non pas pour un peuple? Cela m’intrigue. Pourquoi pas l’indépendance politique?
Merci de le faire,
Nicole Hébert