Les vraies affaires: Le réveil des Québécois

17 décembre 2012

Chroniques, L’État

Après une décennie d’un gouvernement nonchalant pour ne pas dire indifférent aux critiques des Québécois, ces derniers tout à coup ont retrouvé leur voix. Les Québécois semblaient avoir perdu tout sens critique. Cela était peut-être dû tout simplement au fait que les médias ne transmettaient pas ce mécontentement. Ou bien au fait que les Québécois avaient pris l’habitude de décisions gouvernementales partisanes ne servant les intérêts que de quelques uns. On avait l’impression que les Québécois attendaient que « ça passe ».

Et puis voilà qu’ils ont élu un nouveau gouvernement, minoritaire par contre, histoire de ne pas l’investir de trop de pouvoir. Mais ce gouvernement est à l’écoute. La surprise une fois passée, tout ce qui bouge dans notre société a retrouvé la voix et l’énergie pour exprimer son désaccord face à un gouvernement qui prend des décisions dans l’intérêt commun plutôt que dans l’intérêt de quelques groupes.

Après 100 jours d’un gouvernement Marois, tout à coup toutes sortes de doléances s’expriment dans les médias. Les Québécois ont découvert un gouvernement qui écoute, intervient, réagit. Le Québec est aujourd’hui « gouverné » dans l’intérêt public. Ces hommes et ces femmes à la tête de l’État doivent agir rapidement afin de corriger une situation qui ne favorisait pas le progrès à long terme du Québec. Ce faisant, il se produit des erreurs que l’on corrige dès que possible.

Les critiques sont dures. Elles viennent de groupes d’intérêts divergents. Toutes bénéficient de porte-voix médiatiques bruyants, trop heureux d’avoir de quoi écrire de « bons papiers ».

Dans les faits, le gouvernement Marois a progressé durant ces 100 premiers jours comme d’autres gouvernements du Parti Québécois avant lui. Nous avions oublié combien ces gouvernements bousculaient l’ordre établi. Le gouvernement Marois dérange beaucoup et pas seulement dans sa vision souverainiste. L’administration publique a peine à suivre et n’aime pas se faire bousculer.  Alors, des fuites se produisent à des moments inopportuns. Des rumeurs sont lancées sans trop de validation.

La critique la plus forte revient évidemment au budget Marceau. Comme toute la gestion publique est liée au budget gouvernemental, il n’y a pas beaucoup de groupe qui ne soit contrarié par des décisions financières qui s’imposaient mais que l’on se refusait de prendre.

Rappelons seulement les annonces d’investissements en infrastructures faites durant les deux dernières années du gouvernement libéral. Que l’on se rende compte aujourd’hui que le coût de certaines routes, dont la construction était annoncée, n’avait pas été budgété est renversant. Et pourtant, l’administration publique ne semblait pas ébranlée, en tout cas pas assez pour le faire savoir publiquement.

Aujourd’hui, on critique chacune des décisions du gouvernement Marois avec une hargne assez étonnante.

Prenons l’exemple du sommet sur l’éducation pour lequel toute la classe influente du monde des affaires s’est offerte une pleine page dans ce qui a déjà été « le plus grand quotidien français d’Amérique ». La page titrait  « Pour être de classe mondiale, les universités québécoises doivent être soutenues vigoureusement par le gouvernement ». Qui a dit le contraire? Pour impressionner davantage, on avait pris soin de mettre la photo des 29 signataires, personnalités d’affaires bien connues. Toutefois, quand on parcourt la lettre ouverte, elle fait simple état d’évidence et même de gros bon sens. Comment des « gens d’affaires sérieux » peuvent signer une telle lettre demeure un mystère.

Que le gouvernement questionne la manière dont le « soutien » doit être apporté aux universités m’apparaît chose normale. C’est ce que font les gens d’affaires dans leur entreprise à chaque cycle budgétaire. Toutes les grandes universités d’Amérique se remettent aussi en question face à l’accessibilité de technologies avancées. Pourquoi les nôtres ne le feraient pas? Parce qu’elles sont financées par l’État québécois, leur administration ne devrait pas être remise en question?

Les grandes universités privées comme Harvard ou MIT offrent des cours sur internet, comme ici les HEC en font l’expérience depuis peu. Il faut remettre en question la manière d’assurer l’éducation supérieure, son coût et son financement dans un avenir où la technologie bouleverse la façon d’étudier comme d’enseigner.

Tout compte fait, ces cent premiers jours du gouvernement Marois ont été responsables et ont provoqué le réveil des Québécois. Les sondages prouvent d’ailleurs que ceux-ci lui maintiennent leur soutien. Il reste maintenant aux forces vives du Québec de l’aider à progresser plutôt que de retenir ses éléments les plus dynamiques dans un faux confort au service d’une élite qui, depuis toujours, cherche à prendre la place d’un gouvernement démocratiquement élu, sans jamais en assumer les risques ni les devoirs!

Rita Dionne-Marsolais

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Rita Dionne-Marsolais

A propos de Rita Dionne-Marsolais

Après une carrière de 25 ans dans les milieux d'affaires montréalais, canadiens et internationaux, Rita Dionne-Marsolais a été élue députée de Rosemont durant quatre mandats. Économiste de formation elle a assumé plusieurs portefeuilles ministériels entre 1994 et 2008, dont ceux du Tourisme, du Revenu, de l'Énergie, et de l'Industrie et du commerce. Elle s'est retirée de la vie politique en ne se présentant pas à l'élection de 2008.

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