Au Banquet: Des armes

19 décembre 2012

Chroniques, Le pouvoir

En matinée le 14 décembre 2012, de tout jeunes enfants et leurs enseignants sont tués dans leur école de Newtown au Connecticut. Ce qui a pour effet immédiat de lancer le débat concernant le contrôle des armes à feu. Le lobby étatsunien du marché de l’armement se raidit. Alan Gottlieb va jusqu’à souhaiter que les adultes des écoles soient armés. Le président Obama oserait-il jusqu’à proposer un amendement à la constitution laquelle garantit encore aux citoyens le droit inconditionnel de posséder des armes? Pour le moment, le président en appelle à des «actions significatives». Ce qui obligerait à remettre en question l’idée profondément ancrée que ce droit ancien de possession d’armes soit indissociable du principe de liberté individuelle. Or, les changements de culture ne se font pas du jour au lendemain.

Au Québec, peu de réaction de nos élus. Sinon une réplique donnant raison à la sauvegarde des données québécoises lors de l’abandon du registre par le gouvernement fédéral. Une table d’honneur bien silencieuse, compte tenu de l’historique des drames de cette nature. Marie Grégoire du Club des Ex questionne la tendance actuelle «à passer trop vite à autre chose après la nouvelle d’un drame, jusqu’à ce que nous soyons à nouveau confrontés à l’horreur». Nous retirons même une certaine fierté à nous approprier la notion de «résilience», nous soustrayant ainsi au débat un peu trop facilement… Ce n’est pas le cas de Louis Bernard qui voit dans l’accumulation des faits une conséquence extrême de l’individualisme. Peu d’analystes osent s’aventurer plus en profondeur. Parmi les braves, relevons les propos de Christian Rioux à l’émission télévisée Kiosque, dimanche le 16 décembre: «La répétition de ces tueries qui se succèdent dans nos pays industrialisés soulève la problématique de santé mentale avec, en toile de fond, la dissolution du lien social. On perd l’habileté à régler nos conflits par des moyens pacifiques. Dans nos maisons vides, les enfants n’ont personne à qui parler de leurs problèmes.»

Personne en effet ne semble se rendre à l’évidence: celle d’un drame familial. Répétition insoutenable d’un semblable scénario: un homme plutôt solitaire et son arme. Rarement un époux et un père, mais nécessairement un fils. Un fils le plus souvent timide, effacé et sans histoire. Y aurait-il quelque chose de significatif à comprendre: quelque chose comme un être humain jusque là sans histoire et par conséquent en quête d’une histoire dont il serait l’auteur? En l’occurrence non seulement l’auteur, mais également l’acteur principal. Un personnage en colère qui, surmontant brusquement le sentiment d’impuissance qui l’inhibait, décharge publiquement une rage en démesure. Explosive, cette rage, comme si elle était contenue au sein des familles depuis des siècles. Et qui éclate, explosive comme un volcan, lorsque la structure familiale se fissure. Assurément, c’est la faute de la mère. Comment pourrait-il en être autrement? Il faut un acte spectaculaire pour que le monde entier sache que la mère n’avait pas le droit de se soustraire à l’autorité patriarcale! Que son indépendance choque! Que son pouvoir dérange! Sa libération n’a-t-elle pas engendré une multitude d’orphelins? Puisque ces derniers se retrouvent désormais sans avenir, à quoi bon leur laisser la vie…

Par delà la technologie, par delà les politiques de contrôle des conduites violentes, irons nous jusqu’à questionner nos modèles culturels, nos racines historiques, nos fondements philosophiques, et l’ensemble des mythes fondateurs de notre civilisation? À l’encontre de l’acceptation passive d’une sorte de fatalité meurtrière, il vaudrait la peine de ne pas passer trop vite à autre chose. De s’arrêter assez longuement pour réfléchir ensemble sur des manières d’assurer une transition moins douloureuse à une société égalitaire. Harmonieusement, voire agréablement égalitaire, accueillant chaleureusement les femmes ingénieures et les premières ministres. Il me semble y voir une lueur d’espoir à long terme!

Liette Perreault

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Liette Perreault

3 réponses à «Au Banquet: Des armes»

  1. Nicole Hébert A dit:

    Je m’étais promis, après avoir laissé le temps à d’autres de réagir avant moi, de commenter ce texte. Parce que je crois qu’il aborde le problème de cette sorte de violence extrême sous un angle nouveau – à certains égards – et éclairant. En le lisant, j’ai tâché de m’imaginer une jeune femme en train de poser le même geste de mort. Et c’est impossible. Pour moi en tout cas. Bien sûr, on pourrait dire simplement – trop simplement – que « les hommes sont violents ». Mais je crois qu’il faut sortir de cette dichotomie. Ce que j’ai saisi de façon plus aigüe, en lisant ces lignes, c’est l’extrême solitude de ce « garçon ».

  2. Liette Perreault A dit:

    Extrême solitude de ce garçon-ci, certes.
    Mais d’une perspective plus vaste, un désarroi bien compréhensible des garçons devant les femmes qui affichent maintenant ( avec de moins en moins de gêne ou de culpabilité) leurs talents, leurs réussite, leur pouvoir nouveau, leur autonomie grandissante.
    J’espère d’autres commentaires, exprimant une diversité des points de vue. Car la problématique demeure trop complexe pour une solution magique, fut-elle la Loi!

  3. Nicole Hébert
    Nicole Hébert A dit:

    Ma compréhension, Liette, dépasse évidemment la solitude de « ce » garçon… C’est pourquoi je mettais l’accent (les guillemets) autour du « garçon »… Et oui, souhaitons d’autres réactions, comme sous tous les textes, en 2013… Que les échanges commencent!

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