La fonction sociale de l’ange est fugace. Les anges se défilent aussitôt le message transmis. Heureux celui de Galilée qui fut porte-parole du pouvoir romain. Grâce à lui l’honneur virginal de Marie est sauf; il est promu archange. Notre Gabriel sera moins privilégié. Porte-parole du contre-pouvoir, il est assigné par jugement de la Cour supérieure à des heures de travail communautaire.
Les règles de la démocratie s’ajustent à la morale ambiante. Au cœur du conflit, l’Assemblée nationale a adopté une loi qui interdit de bloquer l’entrée des institutions d’enseignement à ceux qui veulent assister à leurs cours. À travers les injonctions, les tribunaux ont reconnu ce droit des étudiants qui le désirent d’aller entendre leurs professeurs dispenser l’enseignement pour lequel ils ont acquitté les frais de scolarité. Le silence imposé, le débat n’est pas clos.
Jean Charest, fort de son statut d’avocat, avait dit ne pas remettre en question le fait que tous les syndiqués soient liés par la décision majoritaire de déclencher un arrêt de travail, même s’il y a des dissidents. Ce même processus, pris dans le contexte étudiant, fut pourtant réduit à la notion de boycottage de cours pénalisant plusieurs individus. Claudette Carbonneau, ex-présidente de la CSN, est d’avis que la thèse du boycottage ne repose pas sur des assises juridiques à toute épreuve. Cette interprétation des faits n’ayant été retenue que dans un contexte d’urgence et d’injonctions.
Pour le professeur de philosophie Guy Ferland, «c’est la reconnaissance des votes majoritaires des assemblées étudiantes qui est remise en cause par le simple mot boycottage. On associe ainsi une grève (c’est-à-dire un arrêt de travail volontaire d’une activité par une personne, un groupe qui veut attirer l’attention sur ses revendications) à un boycottage, autrement dit à un refus de prendre part à quelque chose. (…) il y a eu détournement de sens de la part du gouvernement libéral dans ce conflit.» Le tribunal n’a pas réglé la question: Daniel Zizian, président directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), demande au gouvernement péquiste d’encadrer la démocratie étudiante. À la table d’honneur, le ministre de l’éducation Pierre Duchesne n’a pas encore pris position.
L’Association pour une solidarité étudiante existe depuis 2001. L’ASSE regroupe plus de 62 000 membres provenant de 28 associations étudiantes collégiales et universitaires. Le fait que les enjeux de l’éducation soient les mêmes partout a donné lieu à une stratégie de « coalition large des associations étudiantes ». La CLASSE est devenue cette organisation militante prônant une approche sociale de l’État contre celle plus économique, une représentation plus collectiviste de la société contre celle plus individualiste.
Gabriel Nadeau-Dubois a grandement contribué à porter le débat dans l’espace public. Grâce à lui, et bien au-delà d’une cause judiciaire, c’est un dossier étoffé que la CLASSE pourra présenter au Sommet de l’éducation qui est attendu en 2013. Le porte-parole aura payé cher la défense des valeurs du regroupement étudiant. Il n’était certes pas préparé à ce qu’un conflit politique soit ainsi judiciarisé. Les associations étudiantes muselées par les injonctions s’attendent maintenant à ce que le nouveau gouvernement leur rende justice, notamment en reconnaissant la validité de leur exercice de la démocratie.
Joyeux Noël Gabriel !
Et pour que tu puisses t’élever au-dessus de l’individualisme prégnant…
Que l’An neuf te donne des ailes !
Liette Perreault





26 décembre 2012
Chroniques, Le pouvoir