Un portrait désolant reflété cette semaine dans les médias, du sort que nous réservons à notre langue et à notre culture. Nos créateurs sont en colère. Nos militantEs pour le français aussi.
La chanson québécoise ne tourne pas rond. Elle ne tourne pas. Simplement. Nous ne l’entendons plus, alors que, des boîtes à chansons des années soixante jusqu’au début des années quatre-vingts, avec les inoubliables rassemblements sur les Plaines ou sur la Montagne, elle a été l’un des outils principaux de notre redécouverte de nous-mêmes, de notre affirmation. Nos chansonniers aujourd’hui ? Dans l’ombre… Et nos jeunes groupes, sauf exceptions, se tournent vers l’Aut’langue, l’étrangère… Simple Plan, Pascale Picard Band... Problème d’estime, d’identification? « Full new Quebec » ? Et dans les émissions populaires, « Un air de famille » ou « La voix », on chante en anglais.
Cinéma… Les médias nous signalaient hier, sans surprise, la place de choix accordée chez-nous au cinéma américain, par Radio-Canada, TVA et les grandes salles commerciales. Pourtant, un sondage révèle au même moment que les Québécois aiment bien leur cinéma mais que « 83% d’entre eux disent ne pas avoir vu de film québécois au cinéma au cours des six derniers mois! » Nos cinéastes présentent pourtant leurs petits, bon an mal an, aux Oscars et ailleurs. Au nom du Canada… Déviation? Auto-sabotage?
Arts visuels… Le trente janvier dernier, l’artiste Luc Archambault détruisait publiquement quelques-unes de ses toiles pour faire jaillir « une étincelle » de conscience… Pour dire « qu’il existe, qu’il crée toujours » (…) « Me taire, c’est la mort ». Problème de conscience, de reconnaissance, de diffusion ?
Notre théâtre se porte un peu mieux ? Opinion variable. [1] Et notre danse ? L’amour du Bleu, dans le premier cru chorégraphique de Louise Lecavalier, se transmettra sous le titre « So blue », bien qu’elle déclare « C’est comme si j’avais imaginé que le bleu était la couleur de l’âme et que ça incluait toutes les émotions, toutes les contradictions. » Contradiction. Qu’en est-il de notre âme?
Et nos nuits de la poésie?… Et notre littérature ? Francine Allard, après avoir décrit son exigeant processus de création, nous pose ici la question: « est-ce normal que l’écrivain ne reçoive en gages que 10% du prix de ses livres ? »
Le Cirque du Soleil, ce fleuron de lys, en partie bébé adoptif de René Lévesque, coupait récemment plus de 200 postes à Montréal mais, s’il faut en croire la rumeur, s’installera bientôt à Toronto.[2] What’s wrong?
Un peuple survit à travers sa langue et sa culture. Il communique, comme une personne, d’abord avec sa voix et son visage. Encore faut-il que celui-ci ne soit pas voilé. Nous nous voilons comme peuple. Pourquoi? Absence d’estime, de fidélité, de gratitude?
Notre langue, au niveau officiel et médiatique – par la bouche des Harper, Applebaum, Munroe-Baum, le dernier témoin de la Commission Charbonneau et même la Commissaire – ressemble de plus en plus à ce « chiac » auquel se sont longtemps pliés – et pour certainEs se plient encore – les Acadiens. Dans un contexte de soumission et un effort de survie. Et le gouvernement du PQ semble avoir confirmé hier son choix d’esquiver la question et de fermer les yeux sur la bilinguisation intensive du Québec, from the Métropole to la Gaspésie.[3]
Languissante, notre langue fait graduellement mais sûrement place à celle de la « communication » mondiale dite indispensable. Nos arts sont peu soutenus, peu diffusés, peu transmis. Qu’arrive-t-il à une culture qui ne se transmet pas? Qui ne se communique pas ? Même à ses jeunes générations ? Ou qui se communique de plus en plus en langue étrangère ? Ou qui diffuse la culture étrangère ?
Maka Kotto, actuel ministre de la culture écrivait, il y a un an, « L’accession du Québec à une pleine liberté (…) exige: cohérence, cohésion et courage. La liberté permettra à la culture québécoise de s’épanouir dans les teintes propres au Québec. »[4]
À l’issue du Forum sur la Chanson québécoise tenu lundi et mardi derniers à Montréal, l’auteure-compositrice-interprète Lynda Thalie déclarait : « Après les printemps arabe et québécois, il va falloir qu’il y ait un printemps de la culture québécoise!»
Sans doute que Luc Archambault endosserait l’idée !
Nicole Hébert





8 février 2013 à 9 h 42 min
Oui, triste constat. Votre texte mesure bien cette dure réalité. Il s’avère aussi un juste plaidoyer pour notre langue et notre culture.
Tout cela donne le vertige!
8 février 2013 à 12 h 44 min
Et si la situation était le résultat majeur, parce que le plus destructeur, de nos sempiternelles tergiversations à nous donner un État libre, indépendant et souverain.
Bien sûr, le déclin de notre culture nationale est, comme celui de toutes les autres, un phénomène lié aux exigences économiques d’uniformisation des marchés mondiaux de production et de diffusion des biens matériels et culturels.
Il n’en demeure pas moins vrai, que notre aliénation politique amplifie notre impuissance à nous protéger contre l’envahissement de l’insignifiant « basic english » qui nécessairement appauvrit la pensée et par conséquent tous ses fruits, dont ceux primordiaux des oeuvres de création.
Cela, constaté, reste à trouver des solutions propres à chaque culture nationale. Or, au Québec, toutes celles qui ne passent pas par la réalisation de l’indépendance ne sont et ne seront toujours que des cataplasmes appliqués sur une jambe de bois.
Voilà pourquoi, chère Nicole Hébert, votre cher gouvernement péquiste serait mieux de travailler prioritairement à l’indépendance, plutôt qu’à assurer l’intendance.
8 février 2013 à 15 h 51 min
@ Andrée Ferretti,
Mon « cher gouvernement péquiste »!… Bel humour, chère Andrée!
En toute solidarité!
Nicole
8 février 2013 à 17 h 54 min
En précieux renforcement, ce texte de Christian Rioux:
http://www.facebook.com/francais.montreal/posts/357520957694358
9 février 2013 à 11 h 13 min
À propos de la chanson francophone, je suis perplexe…
Tantôt encouragée par la multiplication de la formule « festival de la chanson »: après Granby, Petite Vallée a fait des petits.
Tantôt découragée par la proportion de chansons anglophones à l’émission « En direct de l’univers de… » Il faut dire que la liste des chansons qui ont marqué les participants s’étend sur des décennies passées…
Il me semble que le Québec est en ébullition artistique!
Une ébullition francophone, j’ai bien peur que non!
9 février 2013 à 15 h 24 min
Ça m’attriste pour la musique, les jeunes aiment mieux le rythme des chansons anglophones. Au rock, seulement Lapointe tient le fort, et ça s’arrête là. Pour ce qui est de la lecture, je remarque que la langue française est un bon vendeur; je vois plusieurs jeunes avec des livres français, ça me console quelque peu. Les groupes québecois comme Simple plan réussisent du côté international. Pour ce qui est des chanteuses(rs)individuels, ils se classent les premiers en langue seconde. Je ne pense pas que les jeunes n’aiment pas moins le Québec pour ça, mais du coté musical, ici ça « pogne » pas en bon québecois. Les réseaux de télé, radio, web québecois n’aident pas à la situation; ils permettent à toutes et tous, dans des émissions. la langue seconde. Seul Star Academie produit en français, parce que la direction a demandé de trouver des chansons en français; sinon, je suis certaine que ça aurait dérapé vers l’anglais. Alors, continuons notre lutte, mais moi, je suis certaine qu’à part la musique,tout fonctionne quand même bien:le théâtre, les spectacles, l’humour continueront dans le droit chemin en français.