Charles de Gaulle et le Québec

22 novembre 2016

Libre expression

Deuxième partie

Au cours de cette année 1967, peu avant la visite du général de Gaulle, le Canada fédéral se laissait beaucoup trop bercer par une douce illusion d’unité, au moment où il allait célébrer, avec le plus grand faste, le 100e anniversaire de sa Confédération, ce British North America Act. Ils semblaient si grisés par l’atmosphère des célébrations de ce centenaire, qu’ils en oubliaient le problème des deux communautés, pensant que la fièvre d’affirmation québécoise allait en diminuant, les vieux débats étaient finalement en voie de perdre leur raison d’être. À cet égard, la visite de Charles de Gaulle aura mis en l’espace de quelques secondes, « le contentieux entre Canadiens anglais et Canadiens français sur la mappemonde. » Daniel Johnson souligna cet incroyable fait : « On assista enfin à une conscience aiguë du problème dans chacune des communautés »

Chacun a son idée sur la question, mais personne ne peut nier qu’avec De Gaulle s’il y avait du sport, il était poussé par une haute idée de l’Histoire. Depuis de nombreuses années il pensait au Québec, dès 1962, il avait dit à son ministre Alain Peyrefitte: « Un jour ou l’autre, le Québec sera libre ». Et en 1963: « Ce n’est pas dans la nature des choses que les Français du Canada vivent sous la domination des Anglais. » La fixation du général sur le sort de ceux qu’il appelait « les Français du Canada » possédait une valeur de symbole des plus terrifiants pour Ottawa !

Selon André Patry, chef du protocole de Daniel Johnson, le général de Gaulle s’est avéré « un bon instrument de notre émancipation,  C’est la France qui nous a sortis de notre isolement sur le plan international. Elle nous a introduits au monde ». Le 27 novembre 1967, Charles de Gaulle donne une grande conférence en France, au cours de laquelle il s’exprimera sur le Québec. Lorsque nous visionnons aujourd’hui cette conférence, c’est un bonheur de remonter le fil du passé en écoutant ses propos… Il rappelle en effet l’arrivée des Français en 1534, comment ils ont bâti cet immense pays à la force de leur courage, mais aussi comment par la suite des étrangers s’en sont emparés, il y détaille toutes les raisons qui peuvent expliquer encore aujourd’hui cette éventuelle souveraineté du Québec.*

Dès 1967 Pierre Trudeau imposera sa vision du fédéralisme, pour contrer les ambitions internationales du Québec, il échafaude toute une politique pour limiter le pouvoir des provinces à conclure elles-mêmes des traités.

Trente ans passèrent : L’affaire du timbre-poste en mars 1997 allait remettre le feu aux poudres !

Depuis le décès du général De Gaulle en 1970, la République française lui avait consacré une cinquantaine de timbres. Le prochain envisageait de commémorer ce mois de juillet 1967 au Québec. Cela souleva une nouvelle vague de fureur qui s’empara en quelques heures d’à peu près tout le Canada anglais. Deux journalistes Michel Doucet, et Michel Gratton, dénoncent depuis Caraquet ces anglophones qui se mettent ainsi dans tous leurs états pour… un timbre !

Pourtant en attaquant le souvenir de De Gaulle, c’est principalement l’idée de souveraineté qui est visée.

« Les Québécois se souviendront que lorsqu’un des plus grands personnages du siècle vient les saluer et leur souhaiter les deux plus grands biens qui soient, la vie et la liberté, le geôlier qui les surveille n’admet pas qu’on en parle. »

Quelques mois plus tard, une statue apporta encore bien des remous !

Au mois de juillet 1997 une statue en bronze, œuvre grandiose du sculpteur Fabien Pagé allait être installée sur les plaines d’Abraham. Ce bronze rend un vif hommage au rôle du président Charles De Gaulle dans l’établissement de liens fructueux entre la République française et le Québec

Inauguré par Philippe Seguin, Le Devoir du 27 juillet 1997 a reproduit de larges extraits du discours magnifique prononcé à Québec par l’ex-président de l’Assemblée Nationale française.

Néanmoins ce monument élevé en souvenir de De Gaulle entre en conflit avec trop de mémoires, trop de gens et trop d’aspects pour accéder à un certain consensus.

A défaut d’un timbre, une médaille commémorative va finalement rappeler le 30e anniversaire de la visite au Québec du général de Gaulle. Cette médaille, frappée par la Monnaie de Paris, a été dévoilée au cours d’une cérémonie à l’Institut de France.

En 2007 le 40e anniversaire du « Vive le Québec libre ! » du général Charles de Gaulle, passera cette fois inaperçu dans la classe politique, seule la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal le soulignera.

Quarante ans plus tard le contexte avait en effet changé du tout au tout. Certes, cette phrase enthousiaste du général de Gaulle sera reprise, cependant peu à peu les années passant, cette liberté qu’elle sous-tend effraie les citoyens, emportés par des vents contraires, balancés entre confort et indifférence.   Et ce peuple qu’on dit sans histoire cherche toujours le moyen d’affirmer ce qu’il est, tout en ne brisant pas trop ce qui a été. L’heure viendra où il devra nécessairement choisir.

Ces mots prononcés il y a plus de 40 ans, dérangent toujours autant, ils n’ont rien perdu de leur caractère subversif. En quelques phrases, De Gaulle avait donné au Québec une personnalité internationale et « confiance au mouvement indépendantiste dans la validité de sa cause », estima M. Dorion.

Qu’en sera-t-il maintenant en juillet 2017, cinquante ans jours pour jours après… Juste au moment où cela concordera avec les cent cinquante ans de la Confédération canadienne qu’Ottawa entend fêter avec faste ?

Y aura-t-il, chez nous en France, une personnalité aux épaules aussi larges que Charles de Gaulle pour refuser d’applaudir un évènement ayant entrainé l’assujettissement des descendants français ? Ou bien certains de nos politiques le salueront diplomatiquement, pour ne pas accabler Ottawa et même – le temps aurait-il à ce point changé – ne pas embarrasser le Québec lui-même ?

Marie-Hélène Morot-Sir

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*http://www.dailymotion.com/video/x89x7p_1967-11-27-de-gaulle-sur-le-quebec_news

Rappel : Première partie

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