Tête de pioche!

19 février 2017

Éditorial

avoirunetetedepioche -

C’est ce qu’aurait dit ma mère, dans ce joli langage qui se perd: « Espèce de tête de pioche! »…

Et c’est ce qui me vient devant l’entêtement de ce Philippe Couillard qui nous sert de premier ministre.

France Bonneau écrivait ici, hier, à son intention, une Lettre bien sentie, qui en a manifestement soulagé plus d’un.es.

Comment ne pas revenir sur le sujet du port de ces « signes religieux » qui se résument pour lui à de simples « accoutrements » dont il refuse absolument de discuter.

Devant ce couillardien « butage » – du mot buté – qui n’en finit pas d’étonner, les journaux ont aussi parlé de froideur, de glace, de fermeture. Certains ont osé nommer l’arrogance. En effet, quelle arrogance chez cet homme campé dans sa position inébranlable et dans sa certitude d’avoir, à lui seul, raison contre la volonté de son peuple.

Même Gérard Bouchard est sorti de sa « réserve », pour dénoncer poliment cet « entêtement », en même temps que le geste complice de son confrère Charles Taylor. Le nouveau tandem: Couillard-Taylor, a-t-on écrit. Un couple abusif. Qui portera le poids de son égarement.

Philippe Couillard, homme de la division, qui la dénonce à l’extérieur de lui et prétend la combattre alors même qu’il la suscite. Il n’a aucune conscience, dirait-on, de ce qui existe autour de lui en dehors des intérêts de ses indéfectibles « alliés-électeurs ». Il les protège; et les comble. Les autres ? La majorité francophone de souche ?…

De souche ??? Quel gros mot!… À ne pas prononcer.

Nous, Québécois.es de souche, nous sommes, comme disait Gilles Vigneault, « gens de paroles ». Oh bien sûr, il parlait d’abord de ceux de Natashquan qu’il présentera dans une émission sur le propos, mercredi, 20h00 à RDI. Mais nous l’avons aussi entendu pour nous tous et il ne nous a pas contredit.

Et dieu sait qu’en ce moment, nous « parlons ». Nous parlons; entre nous. Autour des tables de cuisine… Avec ou sans Gabriel Nadeau-Dubois et co. Oui, nous sommes des gens de paroles, de « causerie ». Et, disons-le, des gens de compromis. Plutôt enclins, en effet, aux « accommodements » de toutes sortes; voire à nos dépens…

Deux rapports ces derniers jours, suite à nos « causeries ». Le premier, Osez repenser le PQ, vraisemblablement seul en mesure de faire « se faire » l’indépendance dans un délai prévisible, et le deuxième, « résultat de 166 assemblées de cuisine et 18 consultations publiques qui ont réuni des milliers de personnes », ce Ne renonçons à rien, qui nous rappelle cependant, d’un même souffle, nos limites. Et pour lequel Stéphane Baillargeon posait dans le Devoir la pertinente question: Est-ce donc ainsi que l’on rêve ici aujourd’hui ? » 

Et cette indépendance de notre pays ?

Nous sommes sans doute, oui, « gens de paroles » mais souvent d’une parole double, ambigue, imprécise, indécise… Voire paradoxale. Comme nous ? Quant à l’action…

Par ailleurs, la parole de Philippe Couillard, elle, n’est ni hésitante, ni insécure, ni ambigue, preuve en un sens que ce premier ministre est bien différent de nous. Il « détient » la vérité. Denise Bombardier écrivait il y a quelques jours, dans Le Journal de Montréal, un texte qui le décrit comme un Duplessis réincarné: Toé, tais-toé! À lire.

Mais nous ne devons pas perdre de vue que, dans moins de 2 ans, nous aurons à faire à nouveau un choix de gouvernement « provincial ». Et qu’avec les mesures de séduction que Philippe Couillard met en place grâce à ses économies d’austérité sur le dos des moins nantis, et la force conjuguée de cet autre couple, bien « canadian », qu’il forme avec ce fils de l’autre en train de devenir une « coqueluche mondiale », parodiée ICI, ce prochain gouvernement risque bien de le demeurer, « provincial ». Les Québécois.es, hélas, attrapent facilement la coqueluche. Et avec ces « moyens du bord » loin d’être négligeables, il se pourrait bien que ces deux hommes nous « gouvernent », de concert, encore longtemps. Et que nous continuions ainsi d’être ce « Québec qui n’existe pas », ce « pays qui a peur d’être », présenté dans la Section lecture.

À moins que…

C’est un « pensez-y bien » qui pourrait mener, après 2018, au-delà de la seule parole.

Nicole Hébert

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Image: avoirunetêtedepioche.jpg, Rêvanescence – Unblog

Nicole Hébert

A propos de Nicole Hébert

Nationaliste dès la prime adolescence et indépendantiste depuis les premiers discours de Pierre Bourgault. Gaspésienne d'origine, Nicole Hébert est résidente de la ville de Québec depuis belle lurette. Intervenante sociale, elle a oeuvré dans différents milieux: psychiatrie infantile, éducation, toxicomanie. Elle apprécie maintenant une retraite qui lui permet de s'adonner à l'écriture; elle a publié, en 2007, à compte d'auteure, un recueil de "petites choses", intitulé "Étendre au soleil".

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Une réponse à «Tête de pioche!»

  1. Pierrette St-Onge A dit:

    « Nous sommes sans doute, oui, « gens de paroles » mais souvent d’une parole double, ambigue, imprécise, indécise… Voire paradoxale. Comme nous ? Quant à l’action… »

    Pourquoi avoir créé « Faut qu’on ce parle » en dehors du PQ. Beau projet « Ne renonçons à rien » Continuons de nous diviser et en 2018, nous prendrons encore la parole chacun dans notre coin au lieu de nous unir pour gagner.

    Pendant ce temps Philippe Couillard est mort de rire. Je le vois venir avec ses gros sabots… Il ne peut plus se servir du référendum mais il a déjà commencé à se servir de la laïcité pour gagner l’élection en 2018.

    À moins que…

    Merci Madame Hébert pour cette réflexion qui fait du bien.