Un peuple encore à genoux ?*

26 février 2017

Éditorial

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Voilà en effet que nous nous retrouvons dans un Québec à nouveau religieusement soumis; soumis cette fois à d’autres religions que celle de son histoire, avec la bénédiction de sa « tête » dirigeante actuelle, qui sait si bien faire flèche de tout bois.

Dans son dernier billet, Andrée Ferretti nous rappelle que « rien n’est jamais acquis » !

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Et ce vendredi, Josée Blanchette nous entretenait, dans le Devoir, de ce « vent dans les voiles » d’un « symbole qui pèse lourd ». Et, si je ne m’abuse, elle nous invitait en quelque sorte à nous y faire… Son propos, qui se veut convaincant et y arrive presque, me semble pourtant troublant.

C’est André Malraux qui, quelque part au milieu du siècle dernier, déclarait avec une surprenante intuition – bien qu’il ait nié l’avoir fait – : « ce siècle », le 21e, « sera religieux ou ne sera pas ». Et Boucar Diouf reprenait la « prédiction » en janvier 2015: « À ce questionnement (…) qu’on attribue à André Malraux, on peut maintenant répondre sans se tromper que ce siècle s’annonce extrêmement religieux. »**

De fait, il l’est. Et nous sommes devant l’évidence… Veut, veut pas, nous baignons dans le religieux « affiché » comme jamais depuis les années mil neuf cent soixante. Et… ce ne sont pas des églises que les curieux visitent ici, mais des mosquées.

Comment rester calme devant le phénomène? Personnellement, je revendique un sentiment de malaise que le « politiquement correct » devrait m’empêcher d’avouer, mais n’en déplaise aux Josée Blanchette, Guy A Lepage et Dalila Awada, « j’ai  de la misère », comme on dit – tout comme Rita Dionne-Marsolais, cependant plus modérée que moi dans son heure juste – avec le port du voile chez les femmes. Je me hérisse – je sais l’avoir déjà dit – lorsque je vois passer devant ma porte un groupe d’enfants de « garde en milieu familial », précédé et suivi d’une femme voilée. J’ai bien du mal à rester « neutre ». Me reviennent en mémoire les images de nos religieuses, elles aussi alors voilées, qui ouvraient et fermaient de la même façon nos rangs pour la promenade quotidienne, à l’époque du pensionnat… Ces images me reviennent avec tout ce qu’elles racontent du statut féminin d’alors. Souvenirs-cicatrices ? Assurément. Non pas de ces femmes religieuses, mais de leurs voiles et de leur soumission.

« Ce siècle sera religieux »… Ou « il ne sera pas »!… Qu’est-ce à dire ?

Mais revenons au sujet qui nous intéresse fondamentalement ici: l’indépendance du Québec. Et à celui des « valeurs » de ce Québec que nous voulons. La devise révolutionnaire des Français devrait servir d’exemple: Liberté, égalité, fraternité. Et… laïcité. Non pas cette « neutralité bienveillante » qu’on veut nous refiler mais laïcité.

Laïcité pour tous, officiellement. C’est-à-dire, toutes et tous laïques dans les fonctions publiques qui exigent que l’on garde pour soi ses options – si légitimes soient-elles – par respect. Comment alors peut-on, lorsque l’on identifie ces personnes en « fonctions d’autorité » – policiers, juges, procureurs et gardiens de prison – y omettre les éducateurs? Ah oui! on réfère à l’autorité « coercitive », c’est vrai. Pour le service et l’autorité éducative ? Bof!…

Quelle aberration ! On interdirait d’afficher ses couleurs en présence de certains adultes – et j’endosse – mais dans le cadre de la relation d’autorité avec les enfants, pas de problème. Je me « voile » lorsqu’un papa entre dans ma garderie – cet exemple repose sur la foi d’un témoignage – et je me dévoile lorsqu’il la quitte ? C’est quoi ici le message aux petit.es sur la nature des relations homme-femme ? Et sur leur égalité intrinsèque ? Désolée d’insister sur le « voile » comme certains le regrettent quand on aborde le sujet mais, pour moi, femme, c’est bien le plus dérangeant des signes « religieux » – « signes culturels?  » – ostentatoires. À ce sujet, Nadia el-Mabrouk, professeur à l’Université de Montréal, écrivait en novembre dernier, dans un article intitulé La laïcité est une coquille vide sans une école vraiment laïque***: « L’atteinte à la liberté de conscience est directe. C’est d’ailleurs au nom de cette liberté que les Québécois se sont battus pour que les soutanes des frères ainsi que les coiffes et les robes des soeurs catholiques sortent des écoles. Pourquoi devrait-on maintenant y introduire le voile islamique, le turban sikh ou la kippa ? »

D’où l’importance, pour mettre la table à ce Québec indépendant, de les préciser dès maintenant ces valeurs fondamentales qui devront en accompagner la naissance même. Quoi qu’en disent certaine.s, nous devons là-dessus laisser notre Histoire nous éclairer. Notre Histoire, et notre devise: Je me souviens!…

Heureusement, il y a des voix fidèles qui parlent inlassablement pour nous. Entre autres, celles qui s’expriment dans cette revue militante, L’Action nationale, qui fêtait jeudi dernier ses 100 ans de lutte pour le Québec. Josée Legault en parlait bellement ICI le jour même de la « fête ».

On souhaite avec elle un « heureux centenaire » à cette revue impérissable. Un autre centenaire, et l’indépendance du Québec.

Nicole Hébert

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*Je jure sur mon honneur que le texte de cet édito était écrit – et son titre arrêté – avant que ne paraisse hier celui de Joseph Facal que voici: http://www.journaldemontreal.com/2017/02/25/peuple-a-genoux

**http://www.lapresse.ca/debats/nos-collaborateurs/boucar-diouf/201501/23/01-4837983-le-21e-siecle-sera-religieux-ou-ne-sera-pas.php

*** http://www.ledevoir.com/societe/education/484832/projet-de-loi-sur-la-neutralite-religieuse-sans-une-ecole-vraiment-laique-la-laicite-est-une-coquille-vide

Image: www.developpez.net

Nicole Hébert

A propos de Nicole Hébert

Nationaliste dès la prime adolescence et indépendantiste depuis les premiers discours de Pierre Bourgault. Gaspésienne d'origine, Nicole Hébert est résidente de la ville de Québec depuis belle lurette. Intervenante sociale, elle a oeuvré dans différents milieux: psychiatrie infantile, éducation, toxicomanie. Elle apprécie maintenant une retraite qui lui permet de s'adonner à l'écriture; elle a publié, en 2007, à compte d'auteure, un recueil de "petites choses", intitulé "Étendre au soleil".

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8 réponses à «Un peuple encore à genoux ?*»

  1. Pierrette St-Onge A dit:

    « Comment rester calme devant le phénomène? » De plus en plus difficile à digérer… Pourtant, on entend de partout au Québec, des voix qui s’élèvent, qui dénoncent, qui demandent qu’on l’écoute. Y a t-il quelqu’un qui va comprendre ce que nous voulons, enfin!

  2. Diane Gélinas A dit:

    Merci d’exprimer clairement le sentiment d’aliénation ressentie par toutes les femmes qui ont connu l’époque où les religieuses ont accepté de se «dévoiler» et d’emboîter le pas sur le chemin de la modernité.

    Pour que les musulmanes ne s’imaginent pas qu’elles sont les seules à qui on demande d’abandonner le port du voile, je suggère de faire visionner le film québécois «La passion d’Augustine» – quitte à le doubler ou à ajouter des sous-titres arabes pour celles qui ne parlent pas français – à toute immigrante musulmane, anciennement ou récemment arrivées, afin que chacune saisisse bien le pas de géant accompli par les Québécoises au cours de la deuxième moitié du XXe siècle.

    J’irais même jusqu’à insister sur le fait que leur intégration harmonieuse dans un emploi au service de l’État québécois est conditionnel à leur acceptation de délaisser cette coutume rébarbative durant les heures de travail, par simple respect de la clientèle.

    Si c’est trop difficile ou impossible à accepter, elles devront choisir de s’installer ailleurs au Canada qui met 9 provinces et 3 territoires à leur disposition.

    J’aimerais enfin rappeler deux vidéos de la présentation des mémoires à la Commission sur la Laïcité de l’État que j’ai abondamment cités par le passé; ce sont deux phares de lucidité en ces temps de tentative de retour de l’obscurantisme religieux à notre corps défendant :

    Guy Rocher, sociologue – Projet de loi 60
    https://www.youtube.com/watch?v=ewpEAo_Fo5Q

    Jocelyne Robert, sexologue – Projet de loi 60
    https://www.youtube.com/watch?v=RO6wWayXYQY

  3. France Bonneau A dit:

    Oui, j’ai lu l’article de Josée Blanchette et sa conclusion me semblait une invitation à accepter le voile dans son ensemble, sans se porter critique. Pas d’accord. Je partage votre pensée sur le sujet. Merci de cet article.

  4. Josette Dionne A dit:

    Si seulement on commençait par démêler les affaires et qu’on comprenait qu’il y a une énorme distinction à faire entre religion et spiritualité. Et que la foi en une divinité quelconque n’a rien à voir avec le port de signes extérieurs. Mais bien plutôt tout, au contraire, avec le ressenti intérieur! Ce qui risque alors plus de se manifester à l’extérieur par une attitude de paix, de sérénité et d’harmonie… au lieu que par le port, ou non, d’un signe religieux! Il me semble qu’on éviterait ainsi pas mal de conflits et d’affrontements au niveau des valeurs… et surtout bien des douleurs! Quand sortirons-nous enfin du Moyen Âge pour arriver au XXIe siècle…

  5. ouhgo St-Pierre A dit:

    Voilà, Madame Hébert, pourquoi il fallait que vous reveniez vite à votre clavier. Ce qui n’était pas assez dit, vous le sentiez depuis le pensionnat. Le Québec a vécu dans une époque bien décrite par Guy de Maupassant. Son premier roman, Une vie, ramené actuellement au cinéma, nous raconte la désillusion de Jeanne, sortie du couvent le 2 mai 1819, tout espoir après 5 ans cloîtrée chez les Religieuses.

    Contrairement à ce dont nous accusent les envahisseurs actuels, ce n’est pas de l’ignorance qui nous fait mettre le holà aux mascarades qu’on veut imposer aux enfants en garderie… c’est plutôt de la clairvoyance que nous tenons de nos connaissances historiques. Depuis l’époque des soutanes, c’est la naïveté que nous avons chassée de nos enseignements. Les croyances aveugles en de lubriques récompenses post mortem, pour les vies de martyres, nous les rejetons avec un esprit éclairé. La vie, c’est maintenant que nous la vivons et pas après l’oeuvre de la grande faucheuse. La Terre, nous voulons bien la partager à cet effet, mais la parcelle que nous avons défrichée, au Nord d’un continent, nous l’offrons à ceux qui veulent s’y bâtir à l’intérieur d’elle… dans un sens du partage que nous a dicté l’Hiver, qui est notre Pays. On y survit dans l’entraide, l’égalité, l’humilité. Tous égaux, nous avons quitté couronnes, cornettes, bures et même ceinture fléchée. Tous égaux sur la rue, les différences religieuses non à la vue.

  6. denise cormier A dit:

    Remarquable et indispensable . Je pense qu’il est indispensable de mettre fin au  » politiquement correct  » une bonne fois pour toutes . Les choix et les décisions à prendre sont trop importants pour l’avenir du Québec et sa population pour se laisser bercer . Merci madame Hébert pour cet éditorial de grande valeur .

  7. Andrée Ferretti A dit:

    « Pourquoi devrait-on maintenant y introduire le voile islamique, le turban sikh ou la kippa ? » », demandez-vous.

    Pour la plus mauvaise raison. Parce que nos journalistes, nos universitaires, nos intellectuels, quelques écrivains et autres artistes sont colonisés, donc aliénés,donc soumis au regard de l’Autre.
    Il semble que leur plus grand plaisir est de s’auto flageller.

    Heureusement, confiant en lui-même et solidement ancré dans sa propre culture, notre peuple, en majorité, suit son chemin sans se laisser indument influencer. Il se plaît à rire des travers des autres autant que des siens propres.

    En dépit de nos déboires historiques, de nos constants mauvais gouvernements, des capitalistes exploiteurs (étrangers et de souche), nous sommes un peuple en santé.