La belle parlure: « Aller se promener »

9 mars 2017

La belle parlure

Chez mes grands-parents, il n’était jamais question de prendre des vacances. On disait plutôt : « aller se promener ». Il s’agissait alors de rendre visite à des parents ou à des amis habitant une région autre, sinon éloignée. La notion d’éloignement, à l’époque, différait complètement de la perception actuelle. Le cyberespace n’existait pas …

Quand le besoin se faisait sentir de se libérer de sa routine, de s’éloigner du paysage familier, d’aller voir ailleurs, on partait quelques jours faire le tour de la parenté. Le voyage s’effectuait selon un itinéraire souple, sans plan précis, s’ajustant aux disponibilités des familles d’accueil.

Derrière cette envie d’aventure, du fond de ce besoin de changement, émergeait le projet de sortir de chez-soi pour aller à la rencontre d’autrui. Autrui avait parfois le visage d’un cousin des États, de l’autre côté des « lignes »; d’une cousine qui avait vanté au moyen de sa correspondance postale les belles conditions de vie dont elle jouissait.

Au-delà du divertissement, « se promener » offrait l’occasion de s’ouvrir les yeux sur les différences, de puiser de bonnes idées, d’améliorer son sort. C’était une manière d’apprendre ! D’apprécier ce l’on avait de bon et d’améliorer ce qui pouvait l’être.

Le monde a basculé en une génération. L’étranger est devenu notre voisin. Et il se promène allègrement, puisant dans nos coutumes ce qui lui convient et contournant ce qui le dérange. L’étranger est fort de son appartenance à sa communauté culturelle. Alors que nos liens communautaires se disloquent. Après que nos Chartes des droits aient consacré l’individualisme.

Nous sommes à la merci de communautés tissées serrées qui se servent des privilèges des droits individuels pour protéger leurs coutumes collectives. Face à cette stratégie subtilement tramée, le pouvoir de protéger notre propre culture nous échappe. Les dirigeants de la communauté musulmane, en particulier, ont saisi l’opportunité de « se promener » entre la sphère des droits individuels et celle des droits collectifs en se servant de nos institutions.

Sommes-nous piégés ?

Liette Perreault

Liette Perreault

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