Notre « différence vitale »

9 mars 2017

Éditorial

Iris_versicolor_021_titre -

L’expression est de René Lévesque, datant de 1968, pour désigner notre identité nationale.

À l’automne dernier, elle était reprise dans le document « Identité, une approche résolue, équilibrée et responsable, une proposition de l’Aile parlementaire du PQ », et introduite comme suit: « L’addition de tout ce qui fait de nous une nation et la volonté de nous projeter ainsi dans l’avenir et dans le monde ».*

Dans Option Québec, René Lévesque écrivait: «Nous sommes des Québécois. Ce que cela veut dire d’abord et avant tout, et au besoin exclusivement, c’est que nous sommes attachés à ce seul coin du monde où nous puissions être pleinement nous-mêmes, ce Québec qui, nous le sentons bien, est le seul endroit où il nous soit possible d’être vraiment chez nous. Être nous-mêmes, c’est essentiellement de maintenir et développer une personnalité qui dure depuis trois siècles et demi. Au cœur de cette personnalité se trouve le fait que nous parlons français. Tout le reste est accroché à cet élément essentiel, en découle ou nous y ramène infailliblement. Dans notre histoire, l’Amérique a d’abord un visage français. »

Et il concluait: « cette « différence vitale », nous ne pouvons pas l’abdiquer. » **

Voici que cette expression, on ne peut plus pertinente dans le contexte actuel, est de retour à l’avant-scène du vocabulaire identitaire par l’entremise de Jean-François Lisée, pour proposer son concept de « concordance culturelle » aux antipodes de la « doxa » du multiculturalisme et de l’interculturalisme.

L’actuel chef du PQ rappelait vendredi cette proposition dans un texte dénonçant le « marketing identitaire » de la CAQ, et qui se terminait comme suit: « Les Québécois, anciens et nouveaux, sont ainsi appelés à partager les éléments communs de ce que René Lévesque appelait notre « différence vitale ».***

Ces derniers jours, le débat sur la laïcité s’y prêtant, il a abondamment été question d’un autre de nos signes québécois distinctifs, et il s’est écrit à ce sujet de forts intéressants textes dont, ici même, dans les dernières chroniques de Rita Dionne-Marsolais, Diane Gélinas et Andrée Ferretti.

Au fil de ces chassés-croisés de la semaine écoulée au sujet du crucifix, me sont revenues certaines leçons des cours de religion de mon enfance. On me pardonnera ici ma mémoire de petite fille catholique, je me suis rappelée cette parole qui me choquait profondément: « Je ne suis pas venu pour apporter la paix dans le monde mais la division. Je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, etc… » Et bien, me suis-je dit, nous y voilà: maintenant entre les « d’ailleurs » et les « de souche »!…

Je plaisante. Reste que le crucifix, au coeur de notre vécu collectif qu’on le veuille ou non, qu’on l’admette ou non, est venu en quelque sorte semer cette semaine la discorde en la demeure. La révéler plutôt, ou la réveiller. Pour le pire et pour le meilleur ? Pour servir en tout cas à re-mettre la table pour que ce débat aboutisse et que nous fassions des choix. Même si nous le voulions, nous ne saurions renier ce que la religion catholique a apporté à notre peuple, en positif comme en négatif. Ce serait peine perdue, voire bien mauvais signe pour notre loyauté envers nous-mêmes, la fidélité à nos aïeux et la suite des choses pour notre « différence vitale », cette motivation première de notre désir et surtout de notre devoir, d’indépendance.**** Tout comme Andrée Ferretti l’écrit si justement ICI, « me dérangent les insultantes tentatives de me rayer de la carte, comme on dit vulgairement, en m’obligeant à renier les enracinements structurels de mon identité dans mon histoire et ma culture. »

Dans l’image qui accompagne cet édito, la « fleur de lys » est plutôt, justement, celle de notre « différence vitale »: ce magnifique Iris versicolore de notre terre, devenu l’emblème floral du Québec.

Nicole Hébert

Note: Cet édito était d’abord publié le 05 mars et repris aujourd’hui (d’où la disparition des « J’aime »). Ajout, en complément du lien vers cette vidéo produite par L’Autre 150e:  http://www.independantes.org/2017/03/09/lautre-150e/

___________

* http://www.francoisgendron.qc.ca/fichiers/communiques/annexe_-_identite.pdf

** http://quebecunpays.net/NOUS-SOMMES-DES-QUEBECOIS-RENE-LEVESQUE.html

***http://quebec.huffingtonpost.ca/jean-francois-lisee/marketing-identitaire-caq-jean-francois-lisee_b_15067602.html François Legault lui répondait hier:ICI

**** Sur le sujet: Denise Bombardier et Mathieu Bock-Côté

Image: www.florelaurentienne.com

Nicole Hébert

A propos de Nicole Hébert

Nationaliste dès la prime adolescence et indépendantiste depuis les premiers discours de Pierre Bourgault. Gaspésienne d'origine, Nicole Hébert est résidente de la ville de Québec depuis belle lurette. Intervenante sociale, elle a oeuvré dans différents milieux: psychiatrie infantile, éducation, toxicomanie. Elle apprécie maintenant une retraite qui lui permet de s'adonner à l'écriture; elle a publié, en 2007, à compte d'auteure, un recueil de "petites choses", intitulé "Étendre au soleil".

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7 réponses à «Notre « différence vitale »»

  1. Josette Dionne A dit:

    Voilà bien une situation complexe, s’il en est une! Et ô combien délicate!

    Car s’il est vrai que le crucifix fait indéniablement partie de notre « différence vitale », il est aussi vrai que ce n’est plus tellement en tant que symbole religieux pur que l’on y tient, mais bien plutôt en tant que réminiscence de notre passé et de notre patrimoine culturel, un peu comme les croix de chemin de nos villages. Et ce n’est qu’à ce titre qu’il puisse prétendre avoir préséance et lettres de noblesse dans un état laïc.

    Ce qui n’enlève rien à l’authenticité et la légitimité de sa vénération par les pratiquants religieux dans les lieux de culte appropriés. D’où la délicatesse de la situation… et pour laquelle il serait tant souhaitable d’avoir un gouvernement qui oserait légiférer sur la question! Afin d’enfin démêler laïcité vs religion; droits acquis et héritage du pays d’accueil vs us et coutumes des nouveaux arrivants; légitime vs ostentatoire; etc. D’où la complexité de la situation… Et ce n’est surtout pas en ne faisant rien que ça va s’améliorer!!

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  2. ouhgo St-Pierre A dit:

    Voir une fois dans son jardin, début juin, ou dans un parc public, cet Iris versicolor qui pointe discrètement, au milieu d’une talle de feuilles élancées, d’un vert si vif, comme pour mieux faire ressortir le bleu de la fleur naissante… et surtout savoir que voilà l’emblème du peuple laurentien… un nouvel arrivant comprendra tout!…

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  3. Nicole Hébert
    Nicole Hébert A dit:

    Pour répondre à votre question, Mme St-Onge: ce « dit », de Jésus, se trouve dans les évangiles: Mathieu 10.34 et Luc 12.51. Il y a plusieurs textes pour l’analyser via google. Reste à le comprendre de juste façon! Qui n’est assurément pas au premier degré! 😉

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  4. Pierrette St-Onge A dit:

    « Je ne suis pas venu pour apporter la paix dans le monde mais la division. Je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, etc… » Je n’ai jamais entendu cette phrase dans ma petite enfance. De qui était cette phrase et qui la propageait… l’église, les prêtres?

    Dans ce coin de Montréal multiethnique où j’ai passé mon enfance, et protégée surtout par une mère opposée au catholicisme à outrance, je n’ai pas vécue ce genre d’abus qui assaillait le peuple Québécois dans le temps. J’en ai manqué un bout… J’ai toujours su qu’on abusait de nous, mais jusque là je n’en avais pas conscience.

    Merci pour ces rappels historiques qu’il faut plus que jamais remettre à l’avant-scène de notre cheminement pour enfin faire ces choix essentiels pour notre différence vitale, comme vous le dites si bien…

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