Le souverainisme des Québécois

10 mars 2017

Grands textes

De Louise Beaudoin

« L’ouverture sur le monde, l’appel du large, l’inclusion de l’autre sont des éléments fondamentaux du souverainisme québécois. Un mouvement qui a pris toute son ampleur dans un Québec transporté par l’atmosphère de l’Exposition universelle tenue à Montréal, l’année précédente. Il est né précisément à ce moment où le Québec faisait irruption sur la scène nationale. Le « plus illustre des français » avait d’ailleurs su prendre acte de nos aspirations naissantes dans la retentissante formule que l’on sait.

« Souveraineté » signifie d’abord chez-nous la fin de ce que l’on a appelé à tort la confédération canadienne, une imposture plus que centenaire* qui n’a jamais eu rien à voir, depuis sa fondation victorienne, avec le rêve moderne de Jean Monnet: réunir des nations, au coeur de l’Europe, par le partage mutuellement consenti de la souveraineté.

La souveraineté québécoise appelle encore la libération des forces d’invention et d’innovation politiques essentielles à une époque de grands changements. Le souverainisme s’est toujours accompagné d’une authentique volonté de définir, de bonne foi, sur de nouvelles bases, une association plus saine avec le partenaire canadien. (…)

La souveraineté du Québec est un projet « inclusif ». Elle facilitera l’intégration des immigrants. Le français, langue officielle du Québec depuis 1974, devient de plus en plus, grâce à la charte de langue française adoptée en 1977, la langue commune de l’ensemble des citoyens, dans le plein respect de la place historique de la minorité anglophone. (…)

Les institutions fédérales canadiennes font tout pour entraver cette dynamique d’inclusion. D’abord la Cour suprême canadienne, armée de textes constitutionnels auxquels le Québec n’a jamais adhéré, n’a cessé, dans les dernières années, de miner ce texte législatif fondateur pour le Québec moderne qu’est la loi 101.

De plus, la politique canadienne de multiculturalisme renvoie chaque immigrant à sa communauté dorigine. Ce communautarisme extrême a des effets « ghettoïsants » et occulte un fait massif: il y a bel et bien une majorité au Canada. Une majorité anglophone qui n’a nullement, elle, à lutter pour sa survie linguistique puisque sa langue est à la fois celle du continent et celle du commerce mondial. Au sein de cette majorité dominante, on se drape dans le langage des droits pour bilinguiser le Québec et ainsi empêcher la minorité que nous sommes, à l’échelle de l’Amérique du Nord, de prendre tous les moyens nécessaires pour accueilllir les nouveaux arrivants en leur transmettant la langue français qui est au coeur de notre identité. (…)

En somme, notre souverainnisme est celui d’une nation qui se doit d’être inquiète, malgré tous les progrès qu’elle a faits. Une nation dont l’existence même se trouve niée par le reste du Canada. C’est celui d’une « petite nation », dans le sens ni démographique, ni territorial, mais existentiel que Milan Kundera donne à ce mot:  » Une nation dont l’existence peut être à n’importe quel moment remise en question, qui peut disparaître et qui le sait ».

Louise Beaudoin  (L’Actuelle)

Le Monde, 10 février 2000 (extraits)

(Source: Les grands textes indépendantistes, Tome 2, colligés par Andrée Ferretti, 2004, Éditions Typo)

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*Voir dans la Section vidéo tout en bas de l’écran à gauche: L’autre 150e…

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