Lettre à Jean-François Lisée

15 mars 2017

Lettres

Monsieur Lisée, bonjour,

un peu lasse de certaines critiques à votre endroit, qui ne m’apparaissent pas toujours justifiées et équitables, j’ai eu envie de vous adresser cette lettre. Ils me semblent être encore trop nombreux celles et ceux qui ne vous pardonnent pas votre victoire à la tête du PQ, évitant de ce fait de se rallier à votre « leadership » et qui, conséquemment, ne se privent pas de vous « varloper » à l’occasion.

Mais d’abord, précisons que j’ai voté pour vous comme chef du PQ à l’automne dernier. Comme je vous l’écrivais au tout début de cette course à la « chefferie » dans une Lettre publiée ici en juillet, j’ai pris d’abord la peine de relire ceux de vos écrits qui me semblaient les plus pertinents pour me permettre une idée juste de vos « idées », justement, et j’en ai conclu qu’en majeure partie, elles me convenaient. Après avoir retrouvé ces mêmes idées et constaté votre assurance dans les débats qui ont clôturé la course, j’ai choisi de vous faire confiance pour nous conduire là où nous voulons aller, soit vers ce pays unique et bien nôtre: un Québec souverain. Oh, je sais bien que plusieurs ne partagent pas ma conclusion, ni ma vision, comme plusieurs ne partageaient pas celle que j’avais de Pauline Marois et de sa « gouvernance », mot à entendre dans un sens ouvert et non étroit. Je continue de croire que si nous avions, en avril 2014, fait collectivement confiance à cette femme d’engagement, de détermination et de « réalisation », nous serions bien plus proches de l’Indépendance du Québec que nous le sommes actuellement, voire sur le bord de la réaliser. Pauline Marois est toujours allée là où elle s’était engagée à se rendre. C’est nous qui l’avons empêchée cette fois de le faire avec nous pour cet « ultime » accomplissement. En bons Québécois fidèles à eux-mêmes, nous avons dit NON au moment où il aurait fallu dire OUI. Mais enfin…

J’ai un peu le même sentiment à votre égard. Nonobstant les réserves, voire les soupçons, qui s’expriment au sujet de votre volonté d’Indépendance pour le Québec, je ne doute pas, en ce qui me concerne, que ce soit là votre objectif, tout autant que le nôtre. Et je m’enligne avec vous pour 2023, en me disant que finalement, ce sont des « calendes grecques » plutôt rapprochées et… réalistes. Pour celles et ceux qui croient pouvoir y arriver plus vite avec QS et sa nouvelle recrue, il leur faudrait de solides arguments pour m’en convaincre. Et si, pour d’aucun.es, il y a certaines autres « voies » – express – vers l’atteinte de notre but, j’attends pas mal plus de précisions pour les considérer.

Là cependant où j’ai un pressant besoin de vous exprimer ma surprise, mes doutes et mes interrogations, c’est sur ce qui me semble une position d’affirmation et de défense de notre langue franchement trop timorée. Surtout suite à certains récents propos de votre part pour lesquels le Mouvement Impératif français vous rappelait à l’ordre: « Impératif français recommande à M. Lisée de se tenir debout, comme l’ont fait avant lui nombre de chefs du Parti québécois, parce que le Québec français est la pierre angulaire du Québec d’hier, d’aujourd’hui et de demain. »* Je ne souhaite en ce domaine, de la part de l’actuel ou d’un.e futur.e Premier ministre du Québec, aucun compromis, aucune tergiversation, aucun procédé pour séduire qui que ce soit! Nous ne sommes pas un Québec bilingue! Aussi, aimerais-je que l’on puisse trouver, en vous ou à vos côtés, un Camil Laurin réincarné pour qui notre langue légitime, le français, soit chez-nous obligatoirement dominante et commune, fût-ce parfois, n’en déplaise à ses adeptes, au détriment de celle qui étend partout ses tentacules hégémoniques! Et que ce soit vrai à la face du Monde! À ce sujet là, voyez-vous, je suis pas mal inquiète de votre attitude! Je vous rappelais, dans ma Lettre précédente, le cri du coeur de Jules Falardeau, suite à votre fameuse maladroite chanson bilingue « Notre Home », et j’aimerais bien qu’il vous écrive à nouveau pour savoir où il en est à votre égard…

Pour le reste, comme je l’exprimais à certain.es qui entretiennent des doutes à votre endroit, pour le reste j’écoute et j’observe afin d’être fin prête pour 2018… J’écoute attentivement vos propos, je m’intéresse à vos interventions publiques, à votre travail à l’Assemblée nationale, le plus souvent possible, et je surveille l’évolution de vos relations avec votre monde, votre parti, votre caucus. J’essaie de voir comment les membres de celui-ci – le caucus –  vous perçoivent et comment ils trouvent leur place et s’épanouissent sous votre… « chefferie ».

Par ailleurs, c’est bien le cas de le dire, Martine Ouellet s’apprête à prendre les rênes du Bloc québécois. Comme le soulignait ma député, Agnès Maltais, c’est un bon mouvement de sa part: «Martine, c’est une batailleuse. C’est une guerrière. C’est une femme qui va pouvoir porter fort les intérêts du Québec à Ottawa». Je partage son avis. Martine Ouellet fera, j’en ai la conviction, une chef du Bloc redoutable sur cette « scène fédérale » et j’aime à penser que vous pourriez, elle et vous, M. Lisée, faire un intéressant et tout aussi « redoutable » tandem.

Voilà. Mais au fond, l’essentiel de mon message ici à votre endroit concerne surtout NOTRE langue. Je m’attends à ce que vous la dorlotiez par tous les moyens et que personne ne puisse croire que l’anglais, langue abusivement universelle, vous ait séduit au point de vous aveugler quant à la place et à l’avenir de la nôtre chez-nous. Et nous devrions à cet égard, à défaut que la France le fasse elle-même**, agir comme le chef de file de son élan vital, en tout temps et partout.

Solidairement,

Nicole Hébert

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http://lautjournal.info/20170206/le-quebec-est-aussi-anglais-selon-le-premier-ministre-du-quebec

**  lire Monique Giroux ICI

Nicole Hébert

A propos de Nicole Hébert

Nationaliste dès la prime adolescence et indépendantiste depuis les premiers discours de Pierre Bourgault. Gaspésienne d'origine, Nicole Hébert est résidente de la ville de Québec depuis belle lurette. Intervenante sociale, elle a oeuvré dans différents milieux: psychiatrie infantile, éducation, toxicomanie. Elle apprécie maintenant une retraite qui lui permet de s'adonner à l'écriture; elle a publié, en 2007, à compte d'auteure, un recueil de "petites choses", intitulé "Étendre au soleil".

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3 réponses à «Lettre à Jean-François Lisée»

  1. Robert Barberis-Gervais A dit:

    Cet été. Marie-Victorin. Blé d’inde. Catherine Fournier veut être candidate du PQ. Je l’appuie. Lisée vient faire un tour, Je suis d’accord avec Charles Castonguay sur la langue commune plutôt que la prépondérance du français. Lisée me salue. Questions sur le discours de Lucien Bouchard au théâtre Centaur devant 400 anglophones. Il me confirme qu’il en est l’auteur, qu’il n’y changerait rien. Il cite un passage où il demande aux anglos d’accepter la loi 101. Il faudrait que je retrouve ce passage. Sur un ton de reproche, je lui demande pourquoi il n’a pas approuvé l’employé du Métro de Côte-des-Neiges qui a mis une affiche: En français. Il me dit que dans la loi 101 de Camille Laurin, les usagers de certains services peuvent demander d’être servis en anglais. Et il y a aussi les touristes. Tout cela est discutable. Mais rien qui ne justifie de lui lancer l’anathème comme le fait Pierre Dubuc de l’Aut’journal. J’en ai conclu que Lisée est parlable et rien ne nous empêche d’essayer de l’influencer si on pense que parfois son désir d’ouverture se fait au détriment de la langue française qui doit être commune au Québec. (8 avril 2017)

  2. France Bonneau A dit:

    Super rappel à notre chef au sujet de notre langue. Ce qui fait notre force, notre identité culturelle, est bel et bien sa faiblesse. Il devrait avec le temps comprendre son devoir. Sinon, il en perdra un lot et plus. On n’est pas du bois mort.

  3. ouhgo St-Pierre A dit:

    La langue française, en Amérique, ç’aurait dû résonner de par le monde: « Fleuron canadien »! Depuis le régime anglais, un pays rené au monde aurait dû s’afficher comme celui qui se glorifie de faire croître en lui le peuple portant la langue française en son sein. Un pays où deux peuples s’épaulent dans un développement mutuel, fier.

    Mais il n’en fut rien. Le Canada a toujours senti le français comme une épine à son pied. Il a même légiféré pour rendre la vie dure aux locuteurs français. Il agit comme s’il visait à laisser disparaître cette langue de son milieu. Il profite de tous ses anniversaires pour inculquer aux jeunes générations un sentiment de modernité et d’avenir dans la langue anglaise, un sentiment de désuétude dans l’usage du français.

    D’où la tentation constante pour les politiciens, d’attirer la jeunesse par des slogans à la mode, tirés des vidéos d’expression anglaise. C’est notre manque d’imagination qui joue… notre courte vue. La vie au Québec peut se vivre fièrement en français si nous savons en tirer le piment. Accueillir en français les touristes, les immigrants, les artistes, les gens d’affaires, ça c’est moderne! Comme le font tous les peuples du monde (sauf les Français?) Écouter nos gens de médias créoliser la langue, c’est l’abdication. Les gens de parole se sont éloignés des livres écrits en français, dans des règles qui évoluent avec le temps, mais qui suivent des codes qu’on ne peut refaire à son aise.

    L’une des grandes langues vivantes au monde, le français doit briller dans les écoles, les universités, le marché… et les familles. Ça, c’est pas à Ottawa qu’on va y puiser, c’est au Québec. Un chef de l’Opposition officielle doit peut-être ruser pour maintenir ce cap dans un gouvernement fédéraliste, au point d’affirmer refuser à ses membres l’écoute d’une controversée aspirante à la Présidence française, il nous empêcherait alors d’entendre du plus pur français, musique à l’oreille.