Les alliances

19 mars 2017

Éditorial

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Hier, le Bloc Québécois présentait officiellement sa nouvelle cheffe lors d’un Rassemblement à Montréal. Chapeau!

Et au moment d’être reconnue comme telle, mardi dernier, Martine Ouellet réitérait sa volonté de parvenir à un « plus grand rapprochement » avec le Parti Québécois. Chapeau!

« … Il y a une grande ouverture de la part de Jean-François Lisée, qui m’a d’ailleurs félicitée ce matin. »*

Il y a donc lieu de les féliciter – c’est le mot –  tous les deux. Et d’espérer fortement que cette « volonté » réciproque dépasse les formules de politesse et induise des résultats efficaces. L’intention « souverainiste » et, dit-on, « progressiste », est en effet à la « convergence » et à la… « solidarité ». Et cette « convergence », tous et toutes prétendent la vouloir et la rechercher au delà du parti pris.

Mais voilà qu’au moment où le chef du PQ suggérait, en guise de précédent à d’autres ententes de « convergence », de la mettre en oeuvre de façon concrète, en laissant la place « souverainiste » libre dans le comté de Gouin, on le considère avec suspicion ou on l’accuse de tous les péchés: calcul, hypocrisie, abandon, lâcheté… mettez-en.

Du côté d’un certaine « militance », il semble bien que l’on ait choisi, depuis l’élection de JFL à la tête du PQ, de plutôt tourner le dos à ce parti et tâcher de battre ce chef en brèche par tous les moyens, acceptables ou disgracieux.

Convergence, solidarité… Loyauté ?

Converger: « Avoir la même direction, se diriger vers un même objectif. »

Pourtant, elle est bien là, hic et nunc, cette occasion de travailler ferme à une telle « convergence ». Pour ce faire cependant, il faudra renoncer à écarter du jeu un – sinon le – joueur majeur depuis belle lurette dans la bataille pour la souveraineté du Québec. On peut choisir d’en disqualifier le PQ** et les « péquisses »  – faire siffler les s pour plus de mordant – mais il est difficile de voir actuellement quel autre véhicule donnera au peuple québécois l’impulsion d’y monter, à destination de son indépendance, avant les « calendes grecques », comme on aime désigner les « années 20 » du siècle présent. Et ce, même en « préparant le terrain » à partir d’Ottawa, à moins justement que ce soit dans l’esprit d’une complicité – une convergence, si l’on préfère – et non d’une rivalité avec le PQ. Pour l’instant, le PQ est là, il est l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale et son chef, élu au terme d’une course honorable, mérite, jusqu’à preuve du contraire, autant d’estime que bien des grands gérants d’estrade d’un Québec à venir.

Mais on semble croire, par ailleurs, que cette convergence et cette solidarité, il faudrait plutôt les entrevoir, et certain.es le font, dont GND, dans la seule réunion de QS et de ON. À moins que ce ne soit la définition du verbe « converger » qui prête ici à confusion ?

Car on pourrait penser que la force indéniable de conviction de ON, en regard de « l’Objectif », inviterait plutôt à refaire alliance avec le PQ, dût-il y mener sa bagarre de l’intérieur. Quant à QS, si l’on parle en termes d’Objectif, doit-on vraiment prêter foi en sa volonté d’Indépendance du pays ? Qu’on se rappelle le leitmotiv: « l’indépendance si nécessaire mais pas nécessairement l’indépendance »! Le nouveau venu devra sans doute remettre plus clairement les pendules à l’heure à ce sujet. On dit  – ce sur quoi mise JFL pour tendre la main – qu’une certaine proportion de ses membres y croiraient davantage? Espérons-le, car pour les « adeptes » du Québec, c’est l’Indépendance, non pas si nécessaire mais essentiellement nécessaire! Une Indépendance « essentielle », à cause justement de cette « différence vitale » dont parlait René Lévesque et que nous évoquions récemment ICI. VITALE!… On sait ce que cela veut dire! Une Question vitale! C’est à dire dont NOUS dépendons. Et ce, quoi qu’en répètent les missionnaires de Radio-Canada, à l’offensive actuellement pour culpabiliser et stigmatiser notre nationalisme, ou une Francine Pelletier dont les récents propos méprisants pour notre identité et nos espoirs, dans le Journal Le Devoir, nous donnent envie de nous en désabonner! Difficile de reconnaître notre Devoir d’antan…

C’est donc dire mon étonnement en lisant, cette fois dans L’Aut’Journal que je fréquente chaque jour, que les trois nouvelles figures de proue de l’indépendance – dans l’ordre des photos chapeautant l’article, Martine Ouellet, nouveau Bloc québécois ; Gabriel Nadeau-Dubois, nouveau QS; et Sol Zanetti, ON – seraient les agen.tes de cette « convergence »! Le PQ ? Bof!… une vieille chaussette. L’avenir serait ailleurs.

Loyauté…

Est-il donc si facile d’oublier ce que le PQ a fait pour le Québec, autant en efforts pour rallier son peuple à l’idée d’indépendance qu’en mesures social-démocrates, mises en place avec ses partenaires, dans ses quelques mandats?**** C’est ce trou de mémoire, je crois, qui m’horripile le plus.

Alors, que l’on cherche à exclure ce parti – ne serait-ce que dans le discours ou en apparence – de la stratégie pour la convergence souverainiste et social-démocrate, c’est le « boutte »! Qu’on veuille l’écarter ou le disqualifier, alors que Véronique Hivon est mandatée pour y oeuvrer et qu’elle y oeuvre manifestement… ça fait preuve de petitesse. Comme en témoignera aussi toute complicité avec le fait d’appuyer, plutôt que dénoncer, ce qui semble davantage une volonté d’être « ligués contre » que d’être convergents. Mais le mépris n’a qu’un temps, dit-on.

Encore une fois, ce texte aurait pu être davantage un « Billet d’humeur » qu’un édito. Désolée.

Nicole Hébert

____________

* http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1022148/martine-ouellet-bloc-quebecois-couronnement-chef

**http://www.independantes.org/2016/05/25/billet-dhumeur-marre/

***http://lautjournal.info/20170317/la-convergence-independantiste

****Heureusement, cette facette est abordée dans un article de L’aut’Journal par Michel Rioux: http://lautjournal.info/20170315/quand-marche-sur-la-tete

Image: Easiware

Nicole Hébert

A propos de Nicole Hébert

Nationaliste dès la prime adolescence et indépendantiste depuis les premiers discours de Pierre Bourgault. Gaspésienne d'origine, Nicole Hébert est résidente de la ville de Québec depuis belle lurette. Intervenante sociale, elle a oeuvré dans différents milieux: psychiatrie infantile, éducation, toxicomanie. Elle apprécie maintenant une retraite qui lui permet de s'adonner à l'écriture; elle a publié, en 2007, à compte d'auteure, un recueil de "petites choses", intitulé "Étendre au soleil".

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6 réponses à «Les alliances»

  1. france Bonneau A dit:

    J’ai plein de bémols face au P.Q. et son chef mais ne délaisserai pas la barque pour autant. Unir nos forces reste capital en ce moment.

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  2. Josette Dionne A dit:

    « Le PQ ? Bof!… une vieille chaussette. L’avenir serait ailleurs. »

    Il y a quelque chose qui fait mal dans cet énoncé… il semble trop bien refléter la nouvelle réalité du Québec, hélas!

    Comme nous sommes maintenant à une époque où les modes et les tendances font foi de tout, on oublie les analyses et considérations en profondeur pour s’empresser de suivre presqu’aveuglément les vedettes de l’heure. Peu importe ce qu’elles disent vraiment.

    Ainsi, M. Nadeau-Dubois est sûrement charismatique, mais s’est-on vraiment arrêté à la teneur exacte du programme de Québec Solidaire? Voudrait-on vraiment d’un gouvernement à ce point rigide en matière socio-économique à l’ère de la mondialisation? Croit-on vraiment que celui-ci aurait la moindre chance de fonctionner réellement? Et la finance internationnale ne réagirait pas? Surtout, quand serait-il au pouvoir?

    C’est à se demander si ce parti veut vraiment gouverner? Ou s’il veut juste se faire entendre et faire connaître sa position principalement sur tous les enjeux sociaux? L’indépendance est-elle une vraie priorité pour eux? Si oui, il serait pas mal plus productif et efficace d’arrêter de diluer les forces souverainistes. De se joindre au PQ, quitte à le transformer de l’intérieur selon leur vision à eux, et on pourrait ainsi recommencer à avancer et à construire à nouveau le Québec, au lieu de s’entre-déchirer entre nous. Misère!

    C’est peut-être dommage pour plusieurs, mais le PQ est quand même le seul parti souverainiste présentement capable de nous conduire à l’indépendance dans un délai réaliste. Si on ne l’aime pas, on peut le changer! C’est tout simple. Sortons notre côté nord-américain pragmatique au lieu d’ergoter sans fin… selon notre côté français, qui nous y incite peut-être un peu trop!

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  3. Diane Gélinas A dit:

    «L’Aut’Journal (…) (annonce) que les trois nouvelles figures de proue de l’indépendance (…) Martine Ouellet, nouveau Bloc québécois ; Gabriel Nadeau-Dubois, nouveau QS; et Sol Zanetti, ON – seraient les agent.es de cette « convergence »! Le PQ ? Bof!… une vieille chaussette. L’avenir serait ailleurs.»

    Considérant la position indépendantiste des auteurs de l’Aut’Journal, leur déception devant la position du PQ de reporter la consultation à 2022 est tout à fait conforme à leur ligne éditoriale et rejoint également plusieurs péquistes déçus de cette fermeture à toute éventualité d’un référendum entre 2019 et 2022, ne serait-ce que sur la question vitale d’Énergie-Est…

    Doit-on rappeler que Monsieur Parizeau lui-même avait émis un doute à l’effet que le PQ fût encore le bon véhicule…

    Je répète ici ma suggestion pour faciliter la convergence entre les pressé.es et les pragmatiques : que le PQ, tout en maintenant son intention de ne pas tenir de référendum avant 2022, ne ferme pas complètement la porte à la proposition d’Alexandre Cloutier d’un référendum d’initiative populaire à la suite d’une pétition d’un nombre (à déterminer) d’électrices/électeurs.

    Ainsi, l’avenir paraîtrait moins bouché pour les pressé.es. Et Couillard pourrait difficilement attaquer le PQ sur l’éventualité d’un référendum réclamé par le peuple.

    Enfin, Monsieur Lisée aurait pu s’abstenir d’énoncer publiquement sa préférence de voir Madame Ouellet quitter l’Assemblée nationale, à l’instar de l’ineffable Jean-Marc Fournier… Admettons que ce n’était pas son meilleur coup pour favoriser pas la convergence.

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  4. St-pierre Otis, Micheline A dit:

    Mme Hébert,

    J’aime beaucoup lire vos articles et je veux y ajouter mon grain de sel en ce dimanche, Jour des Irlandais. D’abord, je tiens mordicus et de tout mon coeur à ce que le PQ finisse par retrouver la Place, la victoire. J’y travaille comme bénévole depuis la fin des années 60 et me désole comme beaucoup de constater que, depuis 50 ans, nous avons l’impression de reculer, surtout depuis le référendum 95.

    Vous écrivez que certains veulent exclure le PQ. Il y a sans doute de l’intolérance exagérée chez certains militants. Par contre, il ne faut pas surtout ignorer ces gens qui se sont impliqués depuis des décennies pour amener ce grand « bateau » au port, i.e à l’Indépendance. Le travail de M. Lisée est très délicat et difficile. Il faut qu’il protège toutes ses ailes (gauche et droite). Depuis son arrivée comme chef, on le sent surtout penchant vers la gauche, pas assez vers la droite. Il y a des voix à aller chercher de toutes parts et il ne doit pas ignorer cela.

    Je pense que les militants plus durs n’ont pas digéré que le PQ ne présente pas de candidat dans Gouin, surtout après le refus de convergence de Qs lors de la partielle dans Gouin (Note de ind: dans Verdun?). Et les résultats démontrent que la coalition PQ-QS l’auraient emporté sur le PLQ. Et depuis que Mme Massé a remporté sa démarche pour garder son comté, on a vu arriver dans plusieurs comtés, dont Hochelaga-Maisonneuve et Rimouski, des affiches oranges pleines d’audace avec l’inscription suivante: Comment remporter la victoire dans…?

    Cette façon molasse d’agir n’est pas une attitude gagnante à mon avis. Savoir s’affirmer nous attire plus de respect. Et cette convergence, a-t-on vu ça à l’époque des René Lévesque et Parizeau? Soit, il y avait moins de partis mais les leaders politiques de cette époque étaient sûrs de leurs projets et ils préféraient de loin s’adresser directement à tous les citoyens.

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  5. Paul Gagné A dit:

    Félicitation, madame Hébert. Je partage votre réflexion et je vous en sais gré.

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  6. André Baril A dit:

    Madame Hébert,
    Je partage votre analyse : il faut avoir perdu la mémoire pour larguer si frivolement le PQ.

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