À vrai dire: Retrouver la magie

La nature prévoit neuf mois pour la naissance d’un être humain qui comble tous les désirs de son entourage. La politique nous offre deux fois ce délai pour planifier la renaissance d’un peuple qui ne demande qu’à vivre libre et confiant en l’avenir.

Le résultat du vote de 1995 a eu l’effet d’une fausse couche. Sonnés, les militant.es et les appuis au PQ se sont dispersés à gauche et à droite. Même l’élection de la première ministre Pauline Marois n’a pas pu être célébrée dignement car la foule en liesse au Metropolis s’est fait spolier son élan de joie.

En 2018, ça fera 15 ans que les Libéraux nous renvoient une image de nous-même tellement limitée, impuissante et perdante que beaucoup ont fini par intérioriser. Mais le sommet est atteint par le premier ministre actuel et ses propagateurs de haine envers l’identité, le nationalisme et l’indépendance du Québec. Sa stratégie est simple, répéter jour après jour, du haut de sa chaire, son mépris détestable des Québécois.es, ligne imposée à son caucus qui en fait parfois les frais. Le message est clair : renier le droit du peuple à sa fierté, à sa dignité, à son aspiration d’être maître chez lui.

Cette attaque frontale freine même certain.es indépendantistes plus portés à frapper sur des nationalistes de tendances distinctes, quand ce n’est pas carrément à critiquer la population présumée analphabète politique. Or, toute critique de nos concitoyens révèle un symptôme de désespérance en chacun de nous. Sans le réaliser, chaque attaque de gens moins convaincus éloigne ceux-ci de notre projet de société emballant et gratifiant.

Inspirons-nous donc de nos sages prédécesseurs : d’abord de Félix, ce phare de l’Île d’Orléans, toujours vivant grâce à la vidéo de son hommage à René Lévesque : «La seule vrai misère ici bas, c’est de ne pas avoir de pays. Toutes les guerres sont faites pour voler celui qu’on n’a pas et garder celui qu’on a…» [1]

Puis, en entrevue avec Denise Bombardier : «… c’est pas de la politique, ça; c’est des craintes, c’est des doigt pointés sur nous, c’est des peurs, c’est des affaires qui nous tuent… Ça me choque! … Pour une fois, essayons donc, comme une muraille, qu’il n’y aient plus (de partis politiques… Que) des Québécois qui disent : On va essayer d’avoir un pays à nous autres… J’aimerais ça qu’on soit chez nous. » [2]

Ensuite, branchons-nous sur l’énergie d’indépendantistes d’hier et d’aujourd’hui : celle de nos pionniers Jacques Parizeau, Camille Laurin, Pierre Bourgault, Gérald Godin, Pierre Falardeau et tant d’autres; celle de nos poètes engagés, de Gaston Miron à Gilles Vigneault à Fred Pellerin; celle de nos chanteurs déclarés, de Paul Piché à Diane Dufresne à Richard Séguin à Loco Locass; celle de nos comédiens-humoristes affirmés, d’Yvon Deschamps à Emmanuel Bilodeau à Anne Casabonne à Louis-José Houde; et celle de Québécois.es exemplaires: Andrée Ferretti, Guy Rocher, Armand Vaillancourt, Jocelyne Robert, Marcel Tessier, Jacques et Micheline Lanctôt, etc. Que chacun.e cherche l’inspiration à sa source préférée. Le but ultime, c’est de ressusciter la confiance en nous bafouée par l’offensive libérale.

En fait, les Québécois.es ne sont ni aveugles ni sourds ni insensibles: ils voient la corruption, les entourloupettes, les magouilles libérales; ils entendent Philippe Couillard détester les nationalistes et les indépendantistes; ils ressentent l’austérité sur le dos des moins nantis, l’indécence du 1,3G$ à Bombardier, la tricherie de la surfacturation d’Hydro-Québec; ils constatent le nombre des ministres libéraux déchus et autres élus libéraux dont les votes captifs suivent béatement la ligne du parti. Espérons que leurs partisan.es s’en souviendront le 1er octobre 2018.

Pour reprendre confiance en l’avenir, il faut canaliser cette révolte en la transformant en une colère d’Alouette : « Je sens en moi, dans le tréfonds de moi, pour la première fois, malgré moi, malgré moi, entre la chair et l’os, s’installer la colère… » [3] Cette colère enclenchera l’implication des troupes pour répudier le cadre fédéral, funeste pour notre nation.

Alors, comme nous y invitait Jacques Parizeau : « On se crache dans les mains et on recommence. » Il n’en tient qu’à nous de faire l’effort de convaincre, une personne à la fois, du goût de la liberté, de la dignité et de la fierté retrouvées, condition essentielle pour le Québec d’accomplir son destin et d’être reconnu comme pays aux Nations Unies.

La confiance en nous, c’est LA solution ! La seule façon de gagner, c’est d’y croire ! L’objectif, partager nos convictions et susciter l’enthousiasme général pour notre projet.

Allons! Il reste 18 mois avant les élections. À nous de conjurer le mauvais sort libéral et conjuguer le ras-le-bol de la population avec son besoin d’émancipation en ces temps de grand ménage du printemps : «À partir d’aujourd’hui, demain nous appartient! » [4]

Diane Gélinas

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[1] https://www.youtube.com/watch?v=oMAMvjZEJYw

[2] https://www.youtube.com/watch?v=UnTvSW4VIm8

[3] https://www.youtube.com/watch?v=oKbgwrZgRik

[4] https://www.youtube.com/watch?v=4gikf7oQOwI

Diane Gélinas

A propos de Diane Gélinas

"Fille d’un écrivain humoriste, auteur de radio-romans et pionnier de la pub au Québec et d’une réceptionniste très appréciée à CKAC où ils se sont connus, on pourrait dire que le sens de la communication coule dans mes veines depuis ma naissance." Secrétaire et formatrice, impliquée syndicalement et politiquement , Diane Gélinas est retraitée depuis 2001 mais travaille comme rédactrice et traductrice de textes anglais et espagnol en français... par pur plaisir.

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2 réponses à «À vrai dire: Retrouver la magie»

  1. Diane Gélinas A dit:

    Merci Monsieur Gagné de votre commentaire. Je vois que vous aussi rêvez de retrouver la magie!

    J’aimerais attirer votre attention, ainsi que celle des lectrices/lecteurs sur la chronique de Josée Legault, du Journal de Montréal, qui coîncide drôlement avec mes observations ci-haut:

    « À la fin de sa vie, Jacques Parizeau s’en inquiétait d’ailleurs beaucoup. À force de voir leur propre société, aussi imparfaite soit-elle comme les autres, comme étant corrompue et xénophobe, combien de Québécois versent dans une forme troublante d’auto-bashing collectif?

    Combien ne font plus la distinction entre la société elle-même et les dysfonctionnements politiques de ses gouvernements? Combien ont intériorisé le même dénigrement injuste du Québec qu’ils dénoncent pourtant dès qu’il vient du reste du pays? »

    http://www.journaldemontreal.com/2017/04/18/affreux-sales-et-mechants

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  2. Paul Gagné A dit:

    Excellente chronique. On retrousse nos manches et on va de l’avant avec confiance que, dans 18 mois, «le mauvais sort libéral sera enfin conjuré» par la population du Québec.

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