Sans complaisance: Créer et vivre

La révolution, ce changement radical d’un état d’être et/ou d’une situation donnée, est mouvante. Là où il y a stagnation, il y a pourrissement. Mon Québec bien-aimé est en voie de putréfaction.

Ni les artistes, ni les intellectuels, ni les membres des partis politiques (quels qu’ils soient) ne dépensent l’énergie nécessaire à la rupture des entraves qui maintiennent la nation québécoise et tout son peuple dans la dépendance mortifère des dominations étrangères et internes à leurs aspirations et intérêts.

Les enjeux sont colossaux, évidemment. Tous étroitement liés à l’exploitation du système capitaliste, régissant les nations sur la planète entière, d’un régime politique à l’autre.

C’est pourtant, aujourd’hui comme hier, comme depuis toujours, une question de liberté, simple autant que primordiale. Ce désir de liberté devrait être irrépressible, venu des tréfonds du besoin humain de secouer les jougs qui maintiennent les nations, les peuples et les individus dans la dépendance et la sujétion. Ce désir fondamental de liberté, source et énergie des luttes pour l’égalité et l’équité.

La nôtre, la nation québécoise, aliénée comme jamais, croyant être née coupable, vouée à se laisser manger la laine sur le dos par le dernier venu, sans regimber, portée au contraire à sans cesse tendre l’autre joue, ne se rend pas compte de la dangerosité de l’abandon des caractères de sa spécificité en cette ère d’uniformisation mortifère des manières d’être, de penser et d’agir.

La liberté, ici comme ailleurs, est le résultat d’une lutte permanente. Son fer de lance est la créativité du peuple qui s’exprime ultimement dans les créations de ses artistes. Celles-ci, quand elles puisent dans notre culture et à la fois la transcendent, donnent à notre existence particulière sa stature d’être universel.

C’était l’histoire de notre vitalité nationale, victorieuse des assauts permanents, tous plus pernicieux les uns que les autres, menés pour la détruire.

Qu’en est-il, aujourd’hui, alors que nous prétendons niaisement à l’universalité, en refusant de nous ancrer dans notre spécificité. «C’est en parlant de soi, qu’on parle le plus des autres», disait déjà Gaston Miron, en 1959, dans un entretien qu’il accordait à Gilles Constantineau.

Andrée Ferretti

Andrée Ferretti

A propos de Andrée Ferretti

Femme politique et écrivaine québécoise, elle fut l'une des premières femmes à adhérer au mouvement indépendantiste québécois en 1958. Vice-présidente du Rassemblement pour l'indépendance nationale, elle représenta la tendance la plus résolue du parti. Pour Andrée Ferretti, « qui ne fait pas l'indépendance, la combat ». "À écrire comme on s'arme pour lutter contre la domination, écrire des textes politiques ou un roman, c'est pour moi les deux faces d'une seule et même médaille, c'est toujours une expression nécessaire de mon engagement dans la conquête d'une plus grande liberté."

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4 réponses à «Sans complaisance: Créer et vivre»

  1. Diane Gélinas A dit:

    «… La nation québécoise, aliénée… croyant être née coupable, vouée à se laisser manger la laine sur le dos… sans regimber, portée à tendre l’autre joue…»

    Il est vrai que bien des Québécois.es sont disposé.es à «donner leur chemise»… Mais attention, ne la leur arrachez pas de force car la réaction pourrait bien être cinglante…»

    Peut-être bien que dans le «Grand Village», les bobos du Plateau se gargarisent d’arguties théoriques doctrinaires, mais «Emmenez-moi loin, loin de la ville» comme le dit la chanson, et le sens de la nation est encore bien ancré dans les coeurs.

    La provocation – pur produit de l’austérité libérale, du communautariste «voilé» de QS, du PLQ et du PLC, ajoutée à la politique «XXe siècle» de la CAQ – est en train de faire bouillir le sang mêlé dans nos veines franco-autochtones.

    L’arrogance de Philippe Couillard et sa gouvernance totalement à l’inverse des aspirations légitimes du Québec pourraient bien, par leur outrecuidance, entrer en collision frontale avec les plus pacifiques d’entre nous et asséner le coup de pied au cul qui nous sortirait de notre torpeur.

    Il faut parler au monde ordinaire et non aux partis politiques; mettre nos énergies à convaincre que l’indépendance est garante d’un futur français glorieux et à faire valoir qu’elle propulserait le Québec au centre de la créativité vitale des francophones et francophiles d’Amérique.

    Pour l’instant, le PQ tend la main mais les partis d’opposition y sont sourds; logiquement, ça devrait à terme se retourner contre eux. Oublions les autres partis : la CAQ est trop bornée et QS, trop intraitable.

    C’est chez les sympathisants de l’ex-Option Citoyenne intégrés à QS et les nationalistes sincères de la CAQ qu’il faut susciter l’adhésion au projet d’indépendance. Option Nationale, dont c’est la raison d’être, devrait inviter ses sympathisants à s’intégrer au mouvement.

  2. denise cormier A dit:

    Vous lire me fait du bien, madame Ferretti, malgré tout. Merci.
    Vous et monsieur Robert Laplante.

     » Pourtant condamné par des taux records d’insatisfaction, le Parti libéral continue de gouverner contre son peuple en profitant d’une minorité de blocage et de l’aveuglement volontaire des politiciens d’opposition qui, à l’image d’une très grande partie de l’élite de parvenus qui pérorent sur la place publique, préfèrent la torpeur de la déliquescence aux exigences de la liberté. « 

  3. denise cormier A dit:

    Je pense, madame Bonneau, qu’ils sont peut-être peu nombreux ceux qui s’en soucient vraiment, mais ceux-là en meurent.

  4. France Bonneau A dit:

    Tellement vrai. Vous avez les mots.
    Notre avenir collectif, qui s’en soucie? L’horizon se referme….