Sans complaisance: Coupable ou non coupable ?

Les deux, monsieur le juge.

Coupable de ne mettre en œuvre rien d’efficace pour détruire le système oppresseur de la nation québécoise, ma nation. Je me dédouane en me faisant croire que mon appartenance au Parti québécois me libère de l’obligation de mener une vraie lutte.

Une lutte nécessairement plus exigeante que celle d’écouter, béate, les prestations politiciennes de notre députation péquiste à l’Assemblée nationale et, dans une mesure plus pitoyable encore, celles, déplorablement opportunistes, de QS.

Une lutte plus dynamique que celle de participer à des réunions de comtés, à des congrès régionaux, au Congrès national.

Coupable de ne pas m’engager dans l’exigence d’une lutte sur le terrain, qui m’amènerait chaque jour à frapper à la porte de mes compatriotes pour les convaincre de la nécessité de notre indépendance nationale. Une lutte difficile qui m’amènerait à descendre dans les rues de mes villes et villages pour crier notre opposition nationale à l’exploitation par les puissances étrangères de nos biens. Une lutte révolutionnaire, seule capable de renverser le système. Chut!

Non coupable, individue confinée de force dans son individualité, manière d’être actuellement universelle. Non coupable d’être ainsi obligée de me conformer aux stratégies et tactiques hégémoniques du Parti québécois qui s’efforce constamment depuis des décennies de me faire croire qu’en dehors de lui, il n’y a point de salut.

Non coupable, monsieur le juge, d’appartenir à une nation qui résiste depuis des siècles pour ne pas mourir, et néanmoins veulement soumise aux lois édictés contre elle par les dominateurs et exploiteurs.

Coupable, certes, pourtant innocente.

Andrée Ferretti

Andrée Ferretti

A propos de Andrée Ferretti

Femme politique et écrivaine québécoise, elle fut l'une des premières femmes à adhérer au mouvement indépendantiste québécois en 1958. Vice-présidente du Rassemblement pour l'indépendance nationale, elle représenta la tendance la plus résolue du parti. Pour Andrée Ferretti, « qui ne fait pas l'indépendance, la combat ». "À écrire comme on s'arme pour lutter contre la domination, écrire des textes politiques ou un roman, c'est pour moi les deux faces d'une seule et même médaille, c'est toujours une expression nécessaire de mon engagement dans la conquête d'une plus grande liberté."

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3 réponses à «Sans complaisance: Coupable ou non coupable ?»

  1. Denis Binet A dit:

    Ne leur pardonnez pas car ils savent ce qu’ils font.

  2. Murielle Pelletier A dit:

    Bravo à cette pionnière aux convictions bien ancrées! Espérons que cette grande dame serve de modèle aux générations montantes. Des personnes de son calibre, c’est si rare de nos jours!

  3. France Bonneau A dit:

    Quel beau texte. Réaliste et si juste dans ses énonciations. À réfléchir.