L’heure juste: Une idée québécoise…

Une idée québécoise: un investissement à Toronto!

Encore une fois, le gouvernement fédéral a endormi le gouvernement du Québec. La ruse est toujours la même. Je suis encore étonnée que personne à Québec ne semble comprendre les annonces du gouvernement fédéral après toutes ces années. La manière de Justin Trudeau n’a pas changé les façons de faire « historiques » du gouvernement fédéral! La seule différence est que les annonces sont plus près les unes des autres, ce qui est encore plus odieux. Je serais tentée de dire « baveux » mais je me contenterai du mot « odieux ».

L’institut du financement du développement (IFD) chargé d’attirer les investissements privés dans les pays en voie de développement a été annoncé le 5 mai à Montréal juste avant la fin de semaine catastrophique des inondations. Je me demandais pourquoi le maire Coderre avait l’air si maussade pour ne pas dire si contrarié alors qu’il faisait le tour des sites inondés à Montréal durant la fin de semaine suivant l’annonce fédérale. Lui d’ordinaire si débonnaire et plutôt léger avec les citoyens, son comportement reflétait un homme plus agressif et contrarié. Ce n’était pas une inquiétude mais bien une attitude d’un homme profondément contrarié.

Aujourd’hui on comprend pourquoi et on peut bien comprendre l’attitude du Maire durant la fin de semaine. Car Monsieur Trudeau était venu en personne lui annoncer la nouvelle du nouvel Institut et le préparer à celle du lundi suivant, le 8 mai, qui allait préférer Toronto à Montréal pour le projet tant attendu de Banque des infrastructures!

En effet, ce lundi suivant, le gouvernement fédéral faisait connaître sa décision de choisir Toronto pour établir « sa » banque de financement des infrastructures. Quand on sait que l’idée vient du Président de la Caisse de Dépôt et placement du Québec et des nombreux projets au Québec, on peut se demander pourquoi avoir choisi Toronto? La réponse est évidemment politique mais cela ne convainc pas.

Le Québec a bien appuyé le gouvernement Trudeau à l’élection fédérale il me semble. Il n’y a pas de raison de ne pas établir cette banque à Montréal. Mais c’était trop pour le Québec. On doit se contenter d’espérer que le REM (réseau électrique métropolitain) recevra au moins les montants attendus de la part du fédéral pour sa réalisation. Sinon ce serait vraiment ajouter l’insulte à l’injure.

Cette décision est très significative car l’ investissement du fédéral dans « sa banque » serait de 35 milliards$ pour un investissement total de 81,2 milliards sur 11 ans selon le ministre responsable. Si le siège décisionnel est à Toronto, non seulement la priorité ira Toronto ou à l’Ontario, mais en plus Montréal et le Québec vont être pénalisés par l’ignorance ou la méconnaissance des décideurs torontois. Les commentaires du Ministre Sohi étaient très significatifs à cet égard.

Le ministre Sohi a pris soin de préciser que « l’expertise se trouvait à Toronto », or quand on lit plus loin dans le communiqué émis que « les investissement seraient en transport en commun, autoroute et réseaux de distribution d’électricité » on peut se poser de sérieuses questions. Affirmer que l’expertise est à Toronto, c’est faux et c’est rire des Québécois.

Même en matière de financement d’infrastructures, la CDPQ est mieux placée et possède plus d’expérience que d’autres au Canada. Peut-être que le ministre aurait dû lire le rapport annuel de la CDPQ avant de prononcer ces propos! Ensuite, les firmes d’ingénierie canadiennes aptes à réaliser ces contrats sont pratiquement toutes québécoises. Enfin, ne pas savoir que le Québec offre ce qu’il y a de meilleur en matière d’électricité incluant la distribution c’est ne pas connaître la structure industrielle canadienne. Ou plutôt c’est l’ignorer.

Le gouvernement du Québec devrait sérieusement s’amener à Ottawa avec tous les représentants de ces secteurs et faire front commun pour questionner cette décision, la contester et exiger une révision.

Au moins, il est à espérer que le Président de la CDPQ facture le gouvernement fédéral pour le coût réel du temps qu’il a consacré au Comité conseil à la mise sur pied de la Banque des infrastructures du Canada. Ce serait la moindre des choses! Au moins, le fédéral comprendrait que le Québec en a assez de travailler toujours pour rien et surtout pour le reste du Canada.

Que l’Institut du financement du développement soit à Montréal, cela est sans doute normal puisque c’est l’un des seuls endroits où il est facile de recruter du personnel bilingue et bien formé à l’international. Cela ne devrait pas toutefois empêcher d’établir la Banque des infrastructures également au Québec puisque c’est également là où se trouve l’expertise.

Encore une fois… deux poids deux mesures!

Rita Dionne-Marsolais

Rita Dionne-Marsolais

A propos de Rita Dionne-Marsolais

Après une carrière de 25 ans dans les milieux d'affaires montréalais, canadiens et internationaux, Rita Dionne-Marsolais a été élue députée de Rosemont durant quatre mandats. Économiste de formation elle a été, entre autre, Déléguée Générale du Québec à New York de 1984 à 1988. De plus, elle a assumé plusieurs portefeuilles ministériels entre 1994 et 2008, dont ceux du Tourisme, du Revenu, de l'Énergie, et de l'Industrie et du commerce. Elle s'est retirée de la vie politique en ne se présentant pas à l'élection de 2008.

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Une réponse à «L’heure juste: Une idée québécoise…»

  1. ouhgo St-Pierre A dit:

    Madame,

    Tout ceci vous apparaît tellement clair!
    Et avec votre feuille de route en politique, vous avez sûrement des contacts!
    Comment vous contenter d’un obscur site séparatisss pour lever ce lièvre?
    Se pourrait-il que la vérité se trouve plutôt dans un Québec ratatiné?
    Le Canada aurait-il réussi a bâillonner toutes forces vives en cette tribu?
    Voyant bégayer ici le moindre projet de développement et exploser Toronto!
    Ces gens-là n’ont plus de pudeur à nous appeler Indians…
    Émasculés depuis 1995, nous recevons les gifles sans gémir.
    Nous avouons même notre défaite en portant au pouvoir toujours nos bourreaux
    Notre jeunesse n’ose nous en accabler mais elle rejoint l’armée ennemie.
    Peuple vaincu enfin assimilé.

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