À vrai dire: Québec libre ?

Mon optimisme m’a récemment été reproché comme comme si je vivais au pays de l’utopie… Alors, voici une chronique qui appelle un chat, un chat!

Mes collègues chroniqueuses Ferretti et Dionne-Marsolais ont magnifiquement fait état de la stagnation du Québec dans ce Canada pour qui lui accorder un avantage est devenu de plus en plus toxique dans le ROC.

L’horreur du choix de Toronto pour installer la Banque d’infrastructures a été dénoncée avec raison par madame Dionne-Marsolais mais comme elle le souligne avec justesse, c’est l’absence de contestation des pouvoirs en place qui scandalise et laisse entendre que «tout le monde, il est bon, tout le monde, il est gentil.»

De mon côté, j’absous tous les instants de doute de Madame Ferretti dans sa lutte pour un Québec libre et je me pose la question : « Le peuple québécois n’a-t-il jamais même imaginé vivre en toute liberté ?»

Né sous la domination française et conquis sous la domination anglaise, les trahisons sont venues des dirigeants de ces deux conquérants. Ajoutons à cela la trahison des clercs, accoquinés à ces deux bourgeoisies pour maintenir le peuple en perpétuel état de soumission, et c’est la tempête parfaite pour annihiler tout sentiment de révolte.

Les patriotes ont tenté d’éveiller ce sentiment de fierté et de dignité au risque de leurs vies; mais les «habits rouges» ont tout écrasé sur leur passage et ont pendu cinq patriotes le 15 février 1839 : Chevalier DeLorimer, notaire, Charles Hindenlang, militaire français, Pierre-Rémi Narbonne, huissier, Amable Daunais, cultivateur et François Nicolas, instituteur.

L’Église catholique prêcha la revanche des berceaux – ce que certains aujourd’hui considèrent comme la source de la survie du peuple – alors que cela a été consenti au prix de combien de femmes mortes en couche plutôt que de se faire refuser l’absolution à la «confesse»…

Duplessis, appuyé aveuglément par le clergé, a poursuivi le désastre en tenant le peuple à un niveau d’analphabétisme généralisé.

En 1960, la seule révolution possible devait être tranquille. Cette ère de renouveau a fait entrer le Québec dans le XXe siècle avec l’éducation pour tous et toutes, la nationalisation de l’hydroélectricité, des institutions financières sous notre contrôle, tout ça dans l’esprit du slogan «Maîtres chez nous» !

L’Expo 67 a ouvert les yeux québécois au monde mais l’alphabétisation tardait à donner des résultats. Après le fameux «Vive le Québec libre» du Président De Gaulle, certains Québécois ont tenté de pousser plus loin avec les événements d’octobre 1970 qui ont été pulvérisés par la Loi des Mesures de Guerre de ce «grand démocrate» Trudeau. Opération terroriste réussie!

N’empêche. Cet éveil a fait son chemin et en novembre 1976, le peuple a vaincu sa peur en portant le Parti Québécois au pouvoir; René Lévesque s’exclame : «Nous sommes quelque chose comme un grand peuple!» éveillant une confiance nouvelle chez la génération montante.

Mais les fédéralistes ont été si déconcertés par cette élection qu’en 1980, ils réussissaient à convaincre le peuple de refuser au PQ un simple mandat de négocier avec promesse de consultation ultérieure sur les résultats.

Puis, en 1995, ces mêmes fédéralistes ont eu la frousse de leur vie et ont concocté le vol du référendum avec le déversement inégalé d’argent, l’attribution accélérée de la nationalité canadienne à 150 000 néo-québécois, l’appui des communautés anglophones, italiennes, grecques et juives qui ont voté à 95% contre la liberté et la dignité de la nation québécoise qu’elles ont reniée de tout temps.

Seulement au cours des dix dernières années, un demi-million de néo-québécois se sont installés ici après avoir prêté allégeance… au Canada. Ce gens, qui ont tout abandonné dans leur pays pour avoir la paix, n’ont aucune intention de recommencer la lutte ici, indifférents à notre histoire et même, à notre langue française..

La révolution n’arrivera pas sans une crise d’une amplitude inimaginable ayant à sa source des événements écologiques (dont l’avant-goût de ce printemps), économiques (crise annoncée), informatiques (rançon et chantage) alimentaires (pénurie), religieux (djihad islamique) et sociaux de toutes sortes.

Quand le peuple n’aura plus rien, il n’aura plus rien à perdre.

J’en conclus que la consultation populaire ne devrait plus porter sur son désir de liberté par le biais de l’indépendance, mais sur une question qui favorisera un NON comme réponse, comme si le peuple n’avait jamais su comment s’affirmer.

«Voulez-vous demeurer au sein de ce Canada qui vous méprise et vous écrase depuis 150 ans avec vos impôts?»

Sinon, collectivement, nous avons un urgent besoin de nous faire greffer une colonne vertébrale politique, en commençant par le Parti Québécois.

Diane Gélinas

Diane Gélinas

A propos de Diane Gélinas

"Fille d’un écrivain humoriste, auteur de radio-romans et pionnier de la pub au Québec et d’une réceptionniste très appréciée à CKAC où ils se sont connus, on pourrait dire que le sens de la communication coule dans mes veines depuis ma naissance." Secrétaire et formatrice, impliquée syndicalement et politiquement , Diane Gélinas est retraitée depuis 2001 mais travaille comme rédactrice et traductrice de textes anglais et espagnol en français... par pur plaisir.

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3 réponses à «À vrai dire: Québec libre ?»

  1. ouhgo St-Pierre A dit:

    Madame Gélinas,

    Dans un amical débat que j’ai actuellement avec le philosophe Jean-Luc Gouin, sur la langue française, il badine ainsi: « Car il faut bien s’entraider avec cette langue hautement capricieuse. Et récalcitrante comme femme profondément aimée. »
    Du haut de sa chaire, je l’ai trouvé audacieux. Peut-on encore s’exprimer ainsi, au sujet des femmes? Personnellement j’aime bien les taquiner ici de temps en temps. Je fus même celui qui voulut connaître la source de votre optimisme, exprimé en des temps si sombres pour le français en Amérique. Mal m’en prit, vous y avez vu un reproche! La confusion entre Vénus et Mars! Or, je ne vais pas m’en désoler puisque vous en fûtes fouettée au point de nous servir aujourd’hui ce résumé historique qui a pu échapper à d’aucun(e)s.
    Vous avez bel et bien appelé un chat, ce qui n’a aucune allure d’une hirondelle. Merci encore pour votre clavier acéré.

  2. France Bonneau A dit:

    Vous ne redoutez pas les mots. Vous servent bien. Bonne analyse historique.
    Un cri du coeur à la fois. J’endosse. Partage votre point de vue.

  3. denise cormier A dit:

    Merci madame Gélinas d’oser le dire… Si on ne se donne même pas le droit de dire ce qu’on pense, que peut-on espérer ? On sent la colère et l’indignation plutôt que l’abattement et la résignation. Le « debout calice! »,le cri du coeur et de la raison. L’âme d’une patriote qui n’est pas sur le point de baisser les bras et qui dit haut et fort « Nnous ne nous laisserons pas faire! » .Je vous salue bien bas madame et je vous remercie pour ce cri.