L’offensive

8 juin 2017

Éditorial

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Sans l’ombre d’un doute, on assiste actuellement à une offensive en règle contre la nation québécoise.

Pour que s’affirme et s’étende d’un océan à l’autre la « nation » canadienne si chère en particulier à Justin Trudeau, Philippe Couillard et l’Ineffable Fournier, il faut que la nation québécoise s’éclipse; qu’elle disparaisse dans le « giron canadien ».

Mais on dirait bien, hélas, que les Québécoi.ses dorment sur cette réalité à poings fermés. Mourir en plein sommeil, ça arrive parfois. L’avantage est sans doute que ça ne fait pas mal.

Si quelqu’un a besoin de réfléchir quant à cette « offensive », qu’il se penche sur trois évènements actuels: le lancement de ce document au titre sinon au contenu délirant, simulacre nationaliste, fruit d’une réflexion dirigée par Jean-Marc Fournier, Québécois, notre façon d’être Canadiens ; deuxièmement, le financement par le Canada de la Fête nationale québécoise et son ingérence ainsi justifiée allant jusqu’à tenir, parallèlement à cette Fête nationale du 24 juin, une 2e fête de la St-Jean dans la Capitale du Québec, celle-là fêtée simultanément un peu partout au Canada [1] ; et troisièmement, mais sûrement pas finalement, cette attaque du CRTC à la production télévisuelle francophone québécoise, proprement dénoncée par des artistes et par le Bloc québécois [2].

Mais revenons encore à ce délire de Jean-Marc Fournier, porteur de celui de Philippe Couillard et al, exposé dans ce document-proposition d’ « affirmation » du Québec dans le Canada, pur « Manifeste du néofédéralisme » comme l’écrit Mathieu Bock-Côté [3]. Quel est-il, ce délire obsessif ? : faire de nous des Canadien.nes. Au plus sacrant. Qu’on nous passe à la « varlope » du multiculturel, ça presse. En avant les différences, pour abolir la nôtre; notre « différence essentielle »; notre différence « vitale », disait René Lévesque.

D’ailleurs, il est bien surprenant que Justin Trudeau ait opposé une véritable fin de non-recevoir à cette « intention » couillardienne de converser « from coast to coast » au sujet la constitution. Quelqu’un a émis l’hypothèse qu’il pourrait bien s’agir plutôt d’une stratégie concertée: Couillard demande; Justin refuse… Chacun contente ainsi sa galerie et s’en tire avec les honneurs de la bonne foi. Cette hypothèse n’est-elle pas aussi plausible que celle de la naïveté de Couillard et de l’arrogance de Trudeau à l’endroit de son allié naturel ?

Quoi qu’il en soit, voilà un peuple – nous – qui, en même temps qu’il doit, pour assurer sa survivance, se battre contre le temps, contre le sort mondialisant et contre le pays qui « l’étreint », doit aussi lutter contre ses propres dirigeants aveugles et un Premier Ministre qui lui prédit comme hier, au moins dix années de vaches maigres s’il avait la folle prétention de faire son indépendance.

Ce peuple ne peut tellement compter non plus sur le peuple américain voisin, plutôt inconscient de son existence – on l’a bien vu dans les propos de notre invité Obama, vantant ce « merveilleux Canada » et son multiculturalisme et reprenant le « Nous sommes tous des immigrants » de Coderre comme si ce dernier le lui avait soufflé à l’oreille. Pas davantage peut-il compter sur sa mère-patrie, l’un et l’autre – voisin et mère-patrie – un peu trop copain-copain avec le Canada et béats sous son actuel joug séducteur…

Ce peuple-là, il aura donc besoin, pour survivre, d’une énorme dose de lucidité, d’imagination, de courage et d’audace. Et… de son indépendance.

Mais d’abord il lui faudra se réveiller!… Et se souvenir de lui-même.

Heureusement, il y a – entre autres – certain.es Québécois.es qui, à travers leur rôle de chroniqueur.es, appellent ce peuple à l’éveil, à la conscience et à la mémoire, et ce, régulièrement et sans relâche: les Allard, Bock-Côté, Bombardier, David, Legault, Lanctôt, Proulx, Rioux, Robitaille… et d’autres encore, chacun.e à sa manière. Des organismes aussi veillent au grain. À preuve, cette magnifique nouvelle de l’initiative du Mouvement national des Québécois.es (MNQ) de réclamer de la part du Gouvernement du Québec qu’il contribue au « récit national et à la mémoire collective », par la mise en place d’une véritable « politique de commémorations historiques ». [4]

Mieux encore, le MNQ annonçait du même souffle qu’il ne se contenterait pas de suggérer de telles mesures mais qu’il se donnerait les siennes: en plus de préparer dès maintenant la commémoration du 50e anniversaire du passage chez-nous du Général de Gaulle, il entend aussi produire, « avec la collaboration de Québecor », quatre courts métrages. « Réalisés par Martin Cadotte, à qui l’on doit le docufiction Le rêve de Champlain, ces capsules de quelques minutes traiteront de l’Expo 67, de la loi 101, du général de Gaulle, et des colons Louis Hébert et Marie Rollet, celui-là répondant d’ailleurs à l’exaspération de celle-ci au pays : « Chez nous, c’est ici maintenant. »

Souvenons-nous. Nous avons une devise qui nous y convie…

Et merci à tous ces « gardien.nes » de la mémoire.

Une nation, ça se mérite et ça se défend, pourrait-on dire.

Nicole Hébert

[1] http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/la-capitale/201705/24/01-5101129-deux-saint-jean-a-quebec.php

[2] http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/medium-large/segments/panel/24852/crtc-contenu-francophone-beaulieu-pelletier-legare; et http://lautjournal.info/20170606/melanie-joly-doit-renvoyer-le-crtc-faire-ses-devoirs

[3] http://www.journaldemontreal.com/2017/06/03/le-manifeste-du-neofederalisme-faire-des-quebecois-des-canadiens

[4] http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/500528/appel-a-davantage-de-commemorations

Image: ouellette001.com

Nicole Hébert

A propos de Nicole Hébert

Nationaliste dès la prime adolescence et indépendantiste depuis les premiers discours de Pierre Bourgault. Gaspésienne d'origine, Nicole Hébert est résidente de la ville de Québec depuis belle lurette. Intervenante sociale, elle a oeuvré dans différents milieux: psychiatrie infantile, éducation, toxicomanie. Elle apprécie maintenant une retraite qui lui permet de s'adonner à l'écriture; elle a publié, en 2007, à compte d'auteure, un recueil de "petites choses", intitulé "Étendre au soleil".

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2 réponses à «L’offensive»

  1. Andrée Ferretti A dit:

    « Ce peuple-là, il aura donc besoin, pour survivre, d’une énorme dose de lucidité, d’imagination, de courage et d’audace. Et… de son indépendance. »

    Très estimée Nicole Hébert,

    J’admire très sincèrement, du fond du coeur, votre réaffirmation de la nécessité de nous appuyer sur la pratique des qualités historiques qui ont permis à notre nation de survivre.

    Je ne peux cependant m’empêcher de me demander si elles sont aujourd’hui encore pertinentes.
    Dans un monde non seulement oublieux de ses valeurs fondatrices, mais pressé de les mettre au rancart, prétextant leur désuétude, comment celles-ci peuvent-elles servir de fer de lance de nos actuels combats?

    Je l’ignore, comme tout un chacun.

    J’ose néanmoins espérer que notre pleutrerie ne nous fera pas ignorer l’efficacité des révolutions pour chambarder l’ordre établi.

    Nous vivons ici et ailleurs, une période de transition, disent les pontes de l’analyse politique. Soit. Et c’est tant mieux, puisque, en principe, elle permet toutes les nouvelles orientations

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  2. France Bonneau A dit:

    Très juste tout ça. Ne perdons pas la mémoire!
    Il y en a pour nous le rappeler fort heureusement. Nous convier à l’action.
    Le site accomplit bien sa mission. Restons vigilantes et vigilants.
    Nos ennemis connaissent notre patience et la mettent sans cesse à rude épreuve

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